samedi 24 novembre 2012

Ecritures automatiques



Comme dans toutes les religions, le taoïsme a connu plusieurs sectes. La montagne Mao (Mao chan/Maoshan, sur ce blog c'est comme si vous y étiez...) dans la région de Kiang-sou avait donné son nom à la secte Maoshan/Mao chan[1], ou secte de la Grande Pureté (Shangqing jing /Chang-ts'ing). Elle était connue pour son culte médiumnique et faisait appel à des médiums qui utilisaient l’écriture automatique pour entrer en contact avec des Immortels ou des divinités. Les 36 ( ?) textes de cette collection furent revélés entre les années 364 et 370 à Yang Xi (né en 330) et à Xu mi (303-373), qui travaillait à la Cour, et son fils cadet Xu Hui. C’est le médium Yang Xi à leur service qui reçut la visite d’Immortels (zhenren) du Ciel de la Grande Pureté (Shangqing).
« Les écrits révélés par ce moyen sont le Livre de la cour jaune (Houang t'ing king) vers 288, le Livre des cinq talismans du Ling-pao (Ling-pao wou-fou king) et les écrits qui forment la collection [du Livre de la Grande pureté] Chang-ts'ing king[2]. Une partie des révélations médiumniques de cette secte figure dans le Tchen-kao (Révélations des Immortels) de T'ao Hong-king qui est, après Ko Hong/Ge Hong, le plus illustre des taoïstes du Moyen âge chinois. Ses vastes connaissances, en particulier dans les sciences occultes, lui valurent l'amitié de l'empereur Wou des Leang. Il entretenait également de bons rapports avec les bouddhistes qui avaient aussi des ermitages dans le Mao chan. »[3] 
Une méthode d’écriture automatique est l’écriture à planchette (spirit writing, fuluan 扶鸞, fuji 扶乩), exécutée par des personnes spécialement entraînées (tiancai 天才) qui écrit les caractères dans le sable de la planchette assistée par deux autres personnes : une lit à haute voix ce qu’écrit la première tandis que la troisième les note sur une feuille de papier. La personne qui écrit se laisse entièrement guider par les "saints ou les bouddhas" (仙佛).

Au Tibet, dans l’école des anciens (rnying ma, après aussi dans d’autres écoles), il y a la « mine sprituelle » (T. dgongs gter) de la Pensée toute-excellente (T. kun bzang dgongs pa), qu’un habile « mineur » (T. gter ston) peut exploiter. L’exploitation de mines spirituelles existe aussi dans la religion Bön. Ainsi, le mineur spirituel Rig ‘dzin kun grol grags pa (né en 1700) eut une série de visions mystiques de Dam pa rang grol (né en 1149) et auteur du Livre de la mort bönpo. Les instructions qu’il reçut de cette façon constituent le trésor spirituel (T. dgongs gter) intitulé « La Somme des révélations visionnaires des divinités paisible et courroucées » (T. zhi khro dgongs 'dus). Un livre de la mort bouddhiste tibétain (T. zhi khro dgongs pa rang grol) avait été découvert par Kar ma gling pa (1326–1386) dans la Flèche de Gampo (T. sgam po dar). Dans ce dernier cas il s’agissait d’un texte matériel, qui aurait été caché par le cercle de Padmasambhava.

Advayavajra/Maitrīpa était parti à la recherche de Saraha/Śavaripahomme des montagnes » T. ri khrod pa), dans la région où aurait vécu Nāgārjuna l’alchimiste qui aurait été son disciple dans la transmission de la Mahāmudrā. On le trouve aussi dans la transmission (chinoise) du Mahāvairocana Tantra qu’il aurait reçu de Vajrasattva, disciple de Mahāvairocana. Nāgārjuna le transmit à Nāgābodhi, qui le transmit à Vajrabodhi (671–741) qui l’avait introduit en Chine. Au 11ème siècle, Advayavajra part donc à la recherche de Saraha/Śavaripa. Aucun problème, puisque Saraha/Śavaripa était un siddha, qui avait trouvé le secret de l’immortalité, un Immortel qui vivait dans les montagnes. C’est seulement quand Advajavajra est au bout de son désespoir que Saraha/Śavaripa lui apparaît et lui enseigne ce qu’il allait devenir le système d’Advayavajra et sans doute les Distiques de Saraha, qu’Advayavajra commentera en précisant qu’il « s'appuierai uniquement sur la Pensée de Śrī Śavaripāda afin de ne pas oublier le nectar de ses paroles. » Il semblerait bien que les Distiques de Saraha soit un texte qui pourrait entrer dans le cadre d’une forme d’« écriture automatique ». En tant que personnage historique, Saraha est difficile à saisir, mais il a inspiré toute une littérature très riche, mais aux attributions très incertaines. Lire à cet égard Dreaming the Great Brahmin: Tibetan Traditions of the Buddhist Poet-Saint Saraha de Kurtis R. Schaeffer Marpa, le maître de Milarepa, aurait reçu des instructions de Saraha en rêve, si on peut se fier à Tsangnyeun Heruka qui lui aussi s’abreuvait à des sources indéfinies.

Toutes les religions, qui sont des révélations ne nous sont-elles pas parvenues sous une forme ou autre d'écriture automatique ? Un messager céleste avait révélé à Joseph Smith que des annales anciennes, gravées sur des plaques d'or, étaient enterrées dans une colline voisine et que lui, Joseph Smith, devrait les traduire en anglais. Madame Guyon écrivit ses ouvrages «sous inspiration» et par «écriture automatique» et elle le dit.

« Dieu me faisait écrire des lettres auxquelles je n'avais guère de part que le mouvement de la main. Et ce fût en ce temps qu'il me fût donné d'écrire par l'Esprit intérieur et non par mon esprit. » Elle composa de cette manière: le traité complet de la vie intérieure; puis le Commentaire sur l'Écriture sainte « qui lui furent dictés mot à mot et si rapidement, qu'elle n'aurait pu copier en cinq jours qu'elle écrivit en une nuit. »

Ce qui peut poser problème est quand des « révélations » faites par le biais d’une écriture automatique ou d’un autre procédé d’authentification rétroactive sont attribuées à des siddha, des vidyādhara ou autres Immortels et traitées comme étant composées par eux. Les historiens tibétains ne faisant pas souvent la différence, il peut arriver alors qu’on attribue une extraordinaire longévité à certains personnages historiques faisant de nombreuses rencontres et transmissions anachroniques, ou que l’on accorde la même authenticité aux œuvres de la main de ces personnages, et aux oeuvres attribuées à eux ou inspirées par eux.


***

Photo : séance d'écriture automatique "à planchette"

MàJ13122012 :
Le papa de l'actrice américaine Uma Thurman, est un tibétologue tonitruant, traducteur de plusieurs classiques bouddhistes, parmi lesquels L'ornement des sūtra du Grand véhicule (S. Mahāyāna-sūtralaṅkara T. theg pa chen po mdo sde'i rgyan). Publié en anglais sous le titre The universal vehicle discourse literature. Dans l'introduction on lit :
"Ainsi, c'est un préjugé moderne que l'être céleste nommé Maitreyanatha, connu comme le bodhisattva qui séjourne à Tushita en attendant de devenir le prochain Bouddha sur Terre, ne pourrait pas exister car il n'y aurait pas d'êtres célestes, ni de ciel dans l'univers de désir, ni aucune révélation authentique, et ainsi de suite. Tout cela n'est qu'un préjugé, de l'idéologie un peu moderniste, matérialiste, laïciste, qui n'est ni plus ni moins rationnelle que la croyance en ce qui précède."[4]
Thurman ajoute que tant qu'il n' y a pas de preuves solides pour démontrer le contraire, la thèse Maitreya est la «meilleure hypothèse de travail». Source : Huayanzang blogspot


Revue : Extrême-Orient, Extrême-Occident n° 32, Faux et falsification en Chine, au Japon et au Viêt Nam - N° 32/2010

[1] Le taoïsme religieux, Max Kaltenmark, Histoire des religions**, p. 1227

[2] « Livre de la grande pureté, le Shangqing jing constitue un ensemble important de textes taoïstes de l'école du Maoshan, qui ont été révélés entre les années 364-370 à Yang Xi (né en 330) et à Xu Mi (303-373). » Kristofer SCHIPPER http://www.universalis.fr/encyclopedie/shangqing-jing-chang-ts-ing-king/

[3] Le taoïsme religieux, Max Kaltenmark, Histoire des religions**, p. 1227

[4] "Thus, the modern prejudice that a celestial being named Maitreyanatha, renowned as the bodhisattva who is the next buddha on Earth, waiting in Tushita heaven, could not exist since there are no celestial beings, there are no heavens in the desire realm, there is no such thing as a genuine revelation, and so on, is nothing but a prejudice, a bit of modernist, materialist, secularist ideology, no more or less rational than a belief in all of the above.
It goes on to say that unless there is solid evidence to demonstrate otherwise, the Maitreya story is the "best working hypothesis". 

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