mardi 28 septembre 2010

Maitripa, une hagiographie en bé-mol


Le genre des hagiographies au Tibet est un instrument de propagande et de "communication". Il devient fréquent au moment de la formation idéologique des lignées. Il a pour but de convaincre de l'authenticité d'une tradition, d'une instruction, d'un maître en les rattachant à une autorité incontestée ou en montrant comment la carrière du maître prend exemple sur celle d'un autre maître ou sur celle du bouddha historique. Nombreux sont les princes qui renoncent à leur royaume (p.e. le siddha Sakara) pour poursuivre une carrière spirituelle. Nombreux aussi sont les moines qui déçus par la scolastique et les tantras inférieurs, font la rencontre d'une ḍākinī ou une déesse qui les conseille d'aller à tel endroit pour trouver tel maître et qui au bout de nombreuses épreuves trouvent celui-ci au moment même où ils veulent abandonner leur quête et se priver de la vie.

La grande majorité des données hagiographies de Maitrīgupta datent de la période après la formation des lignées et des sous-lignées, des réformations et des polémiques sur la Mahāmudrā véritable. Tout comme la lignée Sakyapa, les lignées de l'école Kagyupa s'appuieront dorénavant surtout sur Nāropa pour la Mahāmudrā authentique. La Mahāmudrā de Gampopa, qui s'appuie sur Maitrīgupta, sera qualifié plus tard par le 8ème Karmapa Mi bskyod rdo rje (1507-1554)[1] comme une sorte de moyen habile (upāya) qui sert à attirer les disciples et à les préparer pour le chemin des yogatantra. Il sera suivi plus tard par Jamgon Kongtrul (1813-1899) qui qualifiera la Mahāmudrā de Gampopa et par conséquent de Maitrīgupta de "Mahāmudrā de la tradition des sūtra".

L'opinion avait été sensibilisée par les œuvres hagiographiques célèbres et populaires de gTsang smyon Heruka, ou le fou du Tsang (1452-1507), chef du mouvement yoguique smyon-pa. Son objectif était de renforcer la position des yogis dans la lignée Kagyupa. Il fit cela en écrivant les hagiographies de Marpa, Milarepa et Rechungpa. D'autres adeptes du mouvement yoguique s'étaient chargé des hagiographies de Tilopa et de Nāropa. L'apport de Réchungpa y était fortement accentué aux dépens de la tradition plus monastique de Gampopa. gTsang-smyon appartenait d'ailleurs à la lignée de Réchungpa (Ras chung) des Kagyupa, aujourd'hui éteinte en tant que lignée indépendante.

Maitrīgupta est l'auteur (par attribution du moins) de deux commentaires des distiques de Saraha. Un (Dohākośa-pañjikā ou Sahajāmnāya-pañjikā) qui est plutôt classique et dont il existe une version sanscrite et l'autre attribué à Advayavajra Avadhūtipa (Dohakośa-hṛdayārtha-gīta-ṭīkā) qui met en question l'efficacité de tout ce qui ne donne pas directement accès à la réalité intime, y compris toutes les pratiques affiliées aux yogatantra. En bref, tout ce qui utilise des artifices, nommément les pratiques du Bardo et du transfert du principe conscient (T. 'pho ba)... Du point de vue de ceux qui affirment que seul les yogatantra avec les consécrations peuvent conduire à la réalisation ultime, c'est-à-dire à la Mahāmudrā, Advayavajra s'est privé ainsi lui-même des moyens qui auraient pu le conduire à cette réalisation. Selon eux, il a manqué de foi et s'est laissé dominé par les doutes… Il le paiera en n'obtenant pas l'accomplissement ultime durant sa vie, mais pendant le Bardo. La morale de l'histoire est que seules les instructions des yogatantra conduisent à la réalisation ultime dans une seule vie.

C'est dans ce contexte qu'il faudra lire le compte-rendu suivant de la quête de Maitrīgupta et de Sagara/Sakara, son compagnon de route. Dans cette histoire la fonction de Sakara est de montrer comme aurait agi un tantrika doté de foi et sans doutes. L'auteur du compte-rendu est Pema Karpo (kun mkhyen Pad ma dkar po 1527-1592), le quatrième chef de la lignée Droukpa Kagyu, qui a écrit une histoire du bouddhisme ('brug pa'i chos 'byung) où il raconte la vie de Maitrīgupta et son itinéraire spirituel. La description qu'il donne de Śrī Parvata (T. pdal gyi ri), à trois sommets, est hautement symbolique.

"La montagne glorieuse (Śrī Parvata) se dresse au centre, flanquée à droite et à gauche des montagnes Manobhaṅga (Destruction du mental T. yid pham pa) et Cittaviśrama et (Repos de la conscience T. sems ngal so ba). Entre ces deux montagnes il y a une chute d'eau avec [un cours] d'eau qui enivre (T. smyo chu) et un qui empoisonne (T. dug chu)[2]. Dans ces trois montagnes, il y a sept haltes/gués/îles (T. gling S. dvīpa)." Ces sept haltes sont autant de stades sur l'itinéraire spirituel de Maitrīgupta.

1. Quand il séjourne dans la première halte, il fait un rêve. Il rêve d'un homme noir, qui avait noué ses cheveux en haut de la tête avec une écorce de bambou. Son corps avait une apparence de majesté et de bien-être. Sur son arc de qualité il avait attaché le haut et le bas d'une carcasse de sanglier.
Il avait un fourreau de bambou à fond unique et à deux ouvertures en haut. Dans chacune étaient placées cinq flèches. Il est décoré de [fleurs de] mûrier (T. 'o se[3]). Il est vêtu d'une jupe en plumes de paon. La main gauche tient un vase au niveau du cœur. Une femme habillée à la façon d'une chasseresse/śavarī avec des plumes de paon porte le cadavre d'une biche, une autre joue de la flute. Elles se tiennent respectivement à sa droite et à sa gauche.



2. Ensuite, [Maitrīgupta avec son compagnon Sakara] allèrent à la halte où ils virent sa face. Ils jeûnaient et gravissaient les divers niveaux [de yoga]. Puis il arriva réellement. Sakara le vit en premier. [Maitrīgupta] l'appela et avec une grande joie lui touchait le pied.

- Je suis passé par d'innombrables épreuves, mais jusqu'à maintenant, je n'ai jamais réussi à vous rencontrer. Seigneur, je vous demande ne serait-ce que la plus petite faveur.
- Si tu me vois, tu seras libéré, mais si tu ne me vois pas, tu sera libéré [pareillement].
Si tu me vois, tu seras asservi, mais si tu ne me vois pas, tu seras asservi [pareillement].
Alors que viens-tu chercher sur la montagne Cittaviśrama (Repos de la conscience) ? C'est lorsque la conceptualisation des remémorations s'évanouit dans l'Elément (S. dhātu), que tu trouves le repos. Je ne suis que cela
.

Puis, il disparut.


3. En continuant leur quête, ils allèrent à la halte de l'enseignement symbolique. Il [virent] une yoginī en train de chercher des poux et en les mangeant et une autre qui sortait de la forêt portant un sanglier qu'elle avait tué avec sa flèche. Elle dit :
"Dans la forêt de l'existence dans les trois univers
Circule le sanglier de l'ignorance

En décochant la flèche de l'intuition auto-éclairante

J'ai tué le sanglier de l'ignorance
Sa viande je l'ai mangée sans dualit
é"
Ensuite apparut une biche qu'elle tua.
"Dans la forêt de l'existence dans les trois univers
Circule la biche de la dualité
En décochant la flèche de la Mahāmudrā
J'ai tué la biche de la dualité

Sa viande je l'ai mangée sans dualité"[4]
Comme le paṇḍita [Maitrīpa] n'eut pas confiance en cela, Śavaripa vint en personne et lui dit :
"Il n'y a rien qui ne naît ni ne meurt
Rien n'est asservi ou libéré
"
Sakara eut confiance et comprit. Maitrīgupta, lui, était toujours sceptique et la vision du couple disparut. Ils continuèrent leur quête.

4. Dans la halte à la base du sommet de Śrī Parvata, une des yoginī massa les jambes [de Śavaripa]. Maitrīgupta était ravi et demanda les instructions de massage. Quand [Śavaripa] lui disait "Je vais te les donner", la yoginī retorqua : "C'est un sceptique, même si on lui donne des instructions, il n'y fera pas confiance. Ne lui montre pas." [Śavaripa et la yoginī] revinrent sur leurs pas et disparurent. [Maitrīgupta et Sakara] continuèrent la quête.

5. A la halte de la consécration, un vase était placé sur la tête [5].
"Au moment où le mental originel (S. nija-manas) est purifié (T. sbyangs)
A ce moment, les qualités du Guide pénètreront le cœur
C'est en y accédant que le Tailleur de flèches fait son chant
Mais pas un seul mantra ou tantra ne le voit". (Saraha DKG n° 37)
"Celui dont le discours du guide pénètre le cœur "
Est comme quelqu'un qui découvre un trésor dans la paume de sa main
" (Saraha DKG n° 15)
"Le non-engagement mental est le chemin de la Mahāmudrā
N'espérez aucun fruit
"[6] (n° 37 Dohākośanāma Mahāmudropadeśa de Śavari)
Accéder au principe de la conscience, voilà la Mahāmudrā
Ainsi, même ces apparences-ci ne sont autres que la conscience
.
Avec ces paroles ils furent consacrés sans aucun rituel de consécration du terrain (T. sa chog) ainsi que les autres étapes [habituelles de consécrations]. Lorsque [Maitrīpa] se demandait [encore] si c'était vraiment efficace pour obtenir la consécration, Sakara [lui dit :]

- le vainqueur aborigène qui résidait sur la montagne suprême, avec son arc et sa peau de gazelle, était une émanation. Tout comme la lune embellit le monde, les corps fonctionnels (nirmāṇakāya) convertissent tous les êtres. Ne t'appuie pas sur les [raisonnements en] actes positifs et négatifs qui sont un remède inefficace. L'intuition auto-reconnaissante est [intrépide] comme un lion. Ne te fies à rien de factice/fabriqué.

6. A la halte de l'enseignement du Dharma, durant 12 jours, ils reçurent le Śrī-anavila-tantrarāja, qui est comparable à l'espace, le Guhyasamaja qui est semblable à l'océan, le Hevajratantra qui est pareil à la gnose (S. jñāna), le Cakrasaṁvaratantra qui est comme la grâce, le Mañjuśrīnāmasamgīti qui est comme une clé, le cycle de toutes les instructions des Siddhānta et des cycles du Coeur (T. grub snying [7]), qui montrent le sens ultime.

[7. La halte de la prédiction de sa réalisation (posthume)]
Ils y eurent alors confiance et quand ils étaient sur le point de rentrer, [Śavaripa dit à Maitrīgupta :] "Comme tu avais des doutes sur moi, tu n'as pas pu obtenir le siddhi suprême. Au moment de la mort, Vajrayoginī viendra à ta rencontre et tu obtiendra le siddhi suprême dans l'état intermédiaire." Ainsi, il lui fit une prédiction, puis disparut.

Sur le chemin [de retour], il était fatigué et s'endormit. En se réveillant, il tentait de se rappeler de toutes les instructions qu'il avait reçues de l'Aborigène, mais il avait tout oublié. "Si je rentre maintenant, je vais avoir honte devant les autres. Est-ce que je me suicide ?". Il retourna voir l'Aborigène [qui lui demanda]

- Qu'est-ce qui te chagrine ?
- Comme j'ai oublié toutes les instructions, j'ai l'intention de me tuer.
"Advayavajra Avadhūtipa,
Avec des faits non produits

Que pourrait-on bien "oublier" ?
Avec des faits non détruits
Que pourrait-on bien "oublier" ?
Les trois univers sont libres depuis l'origine
Mais recouverts par l'ignorance
Cakrasaṁvara est la félicité suprême

Il est la nature même de la non-production
"
Maitrīgupta eut alors une réalisation et vit la gnose (S. jñāna) du premier niveau spirituel (S. bhūmi) dévoilée. Il comprit alors que les trois sommets de montagne, le maître, les mudrā et toutes leurs actions étaient des symboles qui pointaient vers la réalité intime (S. hṛdayārtha). Il offrit cette compréhension au guru :
"Tous les faits sont vides [d'être propre]
La vacuité et la compassion sont deux

Leur union indifférenciée est le Guide
Si on analyse [les faits] du point de vue de l'état naturel (T. rnal ma'i don la)

On est libre quoi que l'on fasse
[L'état naturel] est au-delà de l'observation, de l'artifice et de la moindre remémoration.
Voilà ma compréhension.
Je n'ai plus besoin de le demander à personne
."
Il prit le nom "Advayavajra" et partit à Magadha[8]. Tout le monde disait que Maitrīgupta avait vu la face de Śavaripa et il acquit une grande renommée."

Fin de l'extrait

MàJ 12102017 Je me demande, après avoir vu (1.6) Enquête d'Ailleurs - Sri Lanka, l'empreinte des Dieux, si le pic de montagne au milieu, qu'Advayavajra avait tant de mal à trouver, ne serait pas comme le milieu entre les deux pics, comme l'ombre porté d'un des pics.

L'ombre porté d'Adam's Peak

"La montagne glorieuse (Śrī Parvata) se dresse au centre, flanquée à droite et à gauche des montagnes Manobhaṅga (Destruction du mental T. yid pham pa) et Cittaviśrama et (Repos de la conscience T. sems ngal so ba). Entre ces deux montagnes il y a une chute d'eau avec [un cours] d'eau qui enivre (T. smyo chu) et un qui empoisonne (T. dug chu)."


***

Photos : 1. Fleur de mûrier 2. détail de Śavaripa 3. Śavaripa et les deux femmes aborigènes 4. Femme aborigène, Hoysala śavarī

[1] Shes bya mdzod vol. 1 p 378
[2] Cela semble faire allusion à l'idée du Amaraughaśāsana de Gorakṣa (>13ème s The Alchemical Body, White, p.109) de la voie de rajas pour la femme et voie du retas pour l'homme. "Chez homme et femme cette voie a un triple aspect : désir, poison et l'inconditionné que rien ne contamine." Liliane Silburn, Kundalini p. 149
[3] Mulberry ou mûrier : med tree [w sweet fruit, body heat neutral, clearing lung disease, expelling mucus]. Tatz traduit "jus de pomegrenade". Ou encore "jujube". Le Sâdhana d'Advayavajra (8) prescrit pour elle la « couleur de la fleur du grenadier (népalais) », dâdimakusuma (9), c'est-à-dire le rouge.

[4] Ces deux chants sont des réformulations d'un chant de Śavaripa.
[5] Ce type de consécration, mais avec un volume de texte au lieu d'un vase, est celui qu'utilisait Dampa Sangyé de la lignée Zhi byed. Dampa était un disciple direct d'Advayavajra
[6] Les paroles prononcées par
Śavaripa
à cette occasion, sont des citations des distiques de Saraha et de Śavaripa./yid la byar med phyag rgya chen po ni/
/'bras bu gang du 'dor bar ma byed cig
Voir aussi le chant de Maitrīgupta : 5:14[ ]/de yang sems las gzhan du btsal du med/
/yid la mi byed phyag rgya chen po'i lam/
/'bras bu ma re rtogs na phyag rgya che/
[7] L'abréviation correspond officiellement aux Sept (ou huit) siddh
ānta (T. grub pa sde bdun) et aux Six cycles du Coeur (snying po skor drug), parmi lesquels figurent le premier recueil de distiques de Saraha.
[8] Région au sud du Bihāra. Sa capitale était Pāṭaliputra
Tibétain wylie

dbus ni dpal gyi ri/g.yas g.yon yid pham pa'i ri dang sems ngal gso ba'i ri/bar na chu 'bab pa smyo chu dang dug chur yod pa la ring du btsal bas ma rnyed/ri gsum po de la gling bdun yod de/

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7. de nas lam du thang chad de nyal/gnyid sad nas ri khrod pa la zhus pa'i chos rnams la bsam mno btang bas thams cad brjed 'dugda log na mi la ngo tsha lceb bam bsam pa dang*/ri khrod pa mdun du byon nas mai tri pa khyod ci nyes gsung*/ngas chos thams cad brjed 'dug pas lceb bam bsam gsol pas/gnyis med rdo rje a wa d+hU tI pa//ma skyes pa yi chos rnams la//brjed ces bya ba ga la srid//ma 'gags pa yi chos rnams la//brjed ces bya ba ga la srid//khams gsum ye nas grol ba la//ma rig pa yis bsgribs pa yin//'khor lo bde mchog bde ba'i mchog/ma skyes pa yi rang bzhin nyid//ces gsungs pa dang*/mai tri pa la rtogs pa shar sa dang po'i ye shes sgrib med du gzigs so//ri gsum slob dpon phyag rgya de dag gis mdzad pa thams cad snying po'i don ston pa'i brdar go ste/bla ma la rtogs pa phul ba/chos rnams thams cad stong pa nyid//stong pa nyid dang snying rje gnyis//gnyis su med pa slob dpon yin//rnal ma'i don la rnam dpyad na//gang ltar byas kyang grol bar 'gyur//dmigs pa med pa/bcos ma ma yin pa/dran pa rdul tsam yang med pa'i don zhig ngas rtogs/da ni su (148)la'ang dri bar mi bya'o zhes gsungs/mtshan gnyis med rdo rjer thogs nas yul dbus su phebs so//de'i tshe thams cad kyis mai tri pas sha ba ri mjal lo zer nas grags pa chen po byung*/

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