lundi 4 septembre 2017

Seule la jeunesse est belle ?



Qu’ils sont craquants tous ces lamas réincarnés, tout frais, tout neufs, tout innocents ! On leur donnerait le Bon Dieu sans confession! Comment rater des séances de photos avec des modèles pareils ? Pour la déesse vivante Kumari au Népal, la chose est bien organisée.
« Des petites filles issues de familles bouddhistes sont choisies, dès l'âge de trois ans, parmi des milliers de candidates par un comité de prêtres bouddhistes. Elles doivent répondre à trente-deux critères ». 
« Chacune d'entre elles est sélectionnée au moment où elle perd sa première dent de lait et doit démissionner le jour où elle perd sa première goutte de sang, la plupart du temps le jour de ses premières règles. » 
« Elles ne sont [alors] plus considérées comme des déesses vivantes et doivent revenir à une vie normale. Ce retour est généralement extrêmement difficile, puisqu'elles ont été adorées et servies pendant des années. La plupart n'ont jamais mis de chaussures, leurs pieds ne devant pas fouler le sol impur. » (Wikipédia)
La différence avec les lama réincarnés (tib. yang srid, sprul sku) est que ces derniers resteront un « lama réincarné » toute leur vie, de l’intronisation à la mort en passant par l’adolescence, passage souvent difficile, comme pour beaucoup d’êtres humains. Ils peuvent être un peu moins mignon, moins craquant, se tiennent peut-être moins bien pendant les séances de photo, et qui sait passeront même par une crise de l’adolescence. Leurs tuteurs auront alors de quoi faire.
« In my time we went through a lot of hardship, eating nothing but rice and potatoes for up to a year, traveling on India’s cheapest public transportation, sleeping on railway platforms, having no more than 10 rupees in our pockets for six or seven months, getting by with one pencil for a year, and even having to share our study books with 18 other students. As a child I had just two handmade toys that I made myself.
Worse, my tutor confined me to one room not just for a few weeks or months but for a whole year, so that even going to the toilet became a long awaited excursion. We also suffered regular verbal and physical abuse that went as far as making us bleed from the head and whipping us with nettles
. » (Tricycle)
Dzongsar Khyentsé Rinpoché décrit ce qu’il a dû endurer dans sa jeunesse. Cela peut être encore pire quand on naissait dans une lignée monastique et qu’on était séparé de sa mère et de ses parents à un très jeune âge. Dans certaines (auto)biographies de grands lamas, ceux-ci racontent la douleur de la séparation. June Campbell décrit dans Traveller in Space, les répercussions que cela peut représenter pour un jeune enfant, surtout dans un système patriarcal où la représentation de la femme est problématique.

En occident, et ailleurs, le traitement glamour et people des puissants et des célébrités, n’a pas épargné le bouddhisme tibétain dans ce qu’il a de plus spectaculaire. Les petits yangsi sont particulièrement photogéniques, tout habillé en or et en brocard. C’est comme une célébration de la vie et de l’innocence. Le maître est mort, vive le maître. Les attentions, les cadeaux, les sourires ne durent pas éternellement. Place aux réalités de la vie. Certains jeunes tulkous ont raconté leurs difficultés et épreuves (Leaving Om: Buddhism’s Lost Lamas, Joseph Hooper). Kalou Rinpoché II raconte des aspects insupportables de la vie d’un jeune moine au monastère. Son propre viol dans sa 13e/14e année, puis celui d’autres moines après lui. C’est une chose courante dans les monastères bouddhistes (The raven, Des anges oui, de l'angélisme non). Les confessions de Kalou Rinpoché lui ont valu à la fois de l’admiration (de son courage), de la compassion pour la souffrance subie, et du mépris de la part de ceux qui trouvent que cela ne se raconte pas (on ne lave pas son linge sale en public) et qu’il ne faut pas effrayer les bienfaiteurs.

Les bouddhistes occidentaux savent depuis quelque temps maintenant que le bouddhisme n’est pas à l’abri des scandales, d’abus de pouvoir et autres. Les enfants, reconnus comme des déesses, des lamas réincarnés etc. restent des êtres humains, avec tous leurs défauts et qualités. Ils grandissent et sont « éveillés » tant qu’ils agissent de façon «éveillée », tout comme nous d’ailleurs. Nous serons davantage « éveillés » si nous reconnaissons ce fait et que nous savons voir à travers les illusions, aussi belles soient-elles. Ces illusions ont-elles toujours leur utilité, notamment en occident ?      



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