vendredi 17 juillet 2015

Charité et compassion, et la politique dans tout cela ?



Suite à quelques réactions (Facebook) sur l'article de John Horgan, intitulé
Scientists meditated on meditation – and the results were troubling, et plus particulièrement le passage suivant.
"The Matthieu Ricard Problem 
Matthieu Ricard trained as a biologist in France before becoming a Buddhist monk. He has been described as “the happiest man in the world,” after Richard Davidson reported that Ricard displayed high levels of neural activity associated with well-being. (Ricard, Davidson and Antoine Lutz co-authored the above-cited Scientific American article.)
Ricard is probably a great guy, but I’ve been down on him since reading science writer Stephen Hall’s 2010 book Wisdom. Hall admiringly describes Ricard coming from Nepal, where he “spent tens of thousands of hours training himself to be compassionate,” to New York, where he taught meditation to “financiers.”
 
First: Isn’t there something weirdly contradictory about meditating on compassion to achieve personal peace of mind? If you are truly compassionate, shouldn’t you spend more time actually helping others? Second: Financiers? Come on."
L’article est un peu « shallow » en effet. Mais il est bien, à mon avis, de parler de tout cela. La pleine conscience, tout comme ses protagonistes, et Mathieu Ricard, attirent la lumière et s’exposent donc aussi à des parts d’ombre. Vivre médiatiquement a ses avantages et désavantages, mais qui ne peuvent être que des raccourcis et superficiels.

Mathieu Ricard était déjà l’homme le plus heureux du monde, il devient maintenant Monsieur Compassion. Son engagement semble cependant réel, tout comme ses projets caritatifs. On ne peut que se réjouir de cela. Le fait qu’il s’affiche avec les « financiers » de Davos, de New York et ailleurs est peut-être moins habile (upāya) qu’on pourrait croire.

Dans un monde qui ne prend pas soin de tous ses citoyens, il y a de la place pour la compassion, et pour la charité, et pour ceux qui traditionnellement s’occupent d’œuvres caritatives, les religieux. La charité a pour avantage ou désavantage (selon votre tendance politique) de ne pas toucher aux structures créatrices de l’injustice que la charité se propose de compenser. La charité propose un double profit aux bénéficiaires d’un système injuste, qui peuvent à la fois s’enrichir et faire de la charité, par compassion, pas par obligation. Rien ne les y oblige, hormis leur compassion. Fortune et compassion peuvent ainsi aller main à la main. Au lieu de mettre en œuvre les réformes sociales nécessaires, Georges W. Bush proposa un « conservatisme à visage humain » (compassionate conservatism), politique adoptée jusqu'à récemment par le conservateur Cameron au Royaume-Uni. Le cerveau derrière le conservatisme à visage humain était le philantrope Doug Wead qui s’appelait un « conservateur au cœur saignant » (bleeding heart conservative), ce qui voulait dire qu’il avait de la compassion pour les gens, tout en croyant sincèrement que le marché libre servait mieux les intérêts des « pauvres ». Le conservatisme et la compassion peuvent se compléter. Un gouvernement conservateur doit encourager la mise en place de services sociaux, sans les fournir lui-même. C’est-à-dire, laisser faire ceux qui savent faire, les organisations charitables, souvent religieuses. Les « pauvres » doivent comprendre qu’ils ne sont pas les victimes passives (des forces économiques, du racisme etc.) d’un système, mais qu’ils portent une part de responsabilité eux-mêmes. Le système est « compassionné en voulant aider ceux qui ont besoin d’aide et conservateur en ce qu’il affirme les responsabilités et les mérites de chacun » (Bush).

Cette approche permet de garder en place un système injuste, en ce qu’il contribue à produire des « pauvres »), sans qu’il ait à se réformer lui-même. L’aide aux « pauvres » n’est pas à la charge de l’état et des contribuables, mais en mains d’organisations caritatives, souvent d’origine religieuse. L’état est heureux, car son budget est délesté d’un poste très gourmand, dû aux injustices inhérentes au système lui-même, les religions sont heureuses, car l’état leur donne un rôle à jouer, un très beau rôle, susceptible de les profiter médiatiquement, les conservateurs compassionnés sont heureux car ils ont l’opportunité de pratiquer la compassion et d’être de bons fidèles de leurs religions respectives.

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