mercredi 15 juillet 2015

Après l'éveil



« Se dirigeant vers le sud, il traversa la rivière Anomā et, après un court arrêt à Anupiya, atteignit Rājagṛha, la capitale du Magadha. Il y fit la connaissance du roi Bimbisāra, et promit de lui rendre visite, aussitôt après son illumination. Poursuivant sa route, il se joignit aux maîtres en Yoga, Ālāra Kālāma et Ūdraka Rāmaputra; sous leur direction il se livra aux exercices de l'extase et entra en possession des sphères supradivines et mystiques des recueillements (samāpatti).

Mais doutant de l’efficacité de cette méthode — car, au sortir de l’extase, il se retrouvait tel qu’il était auparavant — il décida de s’appliquer lui-même au «grand effort» (mahāpādana), et se retira à Uruvilvā où cinq mendiants, les Pañcavargika, Ājnāta Kauṇḍinya, etc., vinrent se joindre à lui. Durant six années (537- 532), il se livra à la plus sévère ascèse, avec arrêt du souffle et jeûnes prolongés qui mirent sa vie en danger. Mais ces efforts étaient vains, car ces mortifications ne lui firent même pas obtenir les pouvoirs magiques. Il renonça donc à la pénitence; ce que voyant, ses cinq compagnons l’abandonnèrent pour gagner le Parc aux gazelles (Mṛgadāva) près de Bénarès.

Demeuré seul, Sâkyamuni était près du triomphe. Il reprit des forces en acceptant les mets que lui offrit une jeune fille, et se baigna dans la Nairañjanā, au lieu dit Supratisṭha. Le soir, il gagna l’arbre de l’illumination, un ficus religiosa, situé à Bodh-Gayā, et s’assit à sou pied pour méditer. Il dirigea sa pensée, non plus sur les sphères supradivines et inconscientes que lui avaient enseignées ses maîtres, mais sur le mystère de la mort et de la renaissance et la suppression de la renaissance dans le monde des apparences. Au cours de cette nuit mémorable, il atteignit la suprême et parfaite illumination (budhi) qui fit de lui un Buddha (531 a.C.).

Durant les veilles de la nuit, il conquit la triple science : le souvenir de ses anciennes existences, la connaissance de la mort et de la naissance des êtres — connaissance encore appelée « œil divin » et enfin la certitude d’avoir détruit en lui les désirs qui sont la base des renaissances successives dans le monde du devenir. Cette conviction comportait la découverte du mécanisme de la production en dépendance (pratītijasamutpāda) : Śākyamuni parcourut men­talement en ordre direct et inverse les douze causes (nidāna) qui conditionnent cette production : il acquit ainsi la certitude de vivre son existence dernière.

Ayant poursuivi ses méditations à Bodh-Gayā durant quatre ou sept semaines, le Buddha se rendit à Bénarès, dans le Parc aux gazelles; devant les cinq compagnons qui avaient été les témoins de ses austérités il prêcha le sermon de la Motion de la roue de la Loi où sont exposées les quatre Vérités saintes, bientôt suivi d’une homélie sur les Caractères du Non-moi.

Le sermon de Bénarès inaugurait le ministère public que le Buddha poursuivit durant quarante-cinq années (531-486). Il parcourut en tous sens la région du Gange moyen, prêchant la loi, opérant des conversions et recrutant des vocations pour l’ordre religieux de mendiants (bhiksu) qu’il avait créé en addition aux nombreux ordres déjà existants, Nirgrantha, Ājīvika, etc.

[…]


A Uruvilvā, petite localité située sur les bords de la Nairañjanā, non loin de Bodh-Gayā, les trois frères Kāśyapa [ou Kassapa en pāli] et leur mille disciples, les Jaṭila, portant chignon et adonnés jusqu’alors aux sacrifices védiques, se convertirent et vinrent grossir les rangs de la petite communauté. »

Histoire du bouddhisme indien, Etienne Lamotte p. 17-19

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