mardi 20 août 2013

Décalages en série



La Nature, ou l’Univers, fut souvent pensée en deux parties, le ciel et la terre. Tout comme l’humain, quand il est divisé en un corps et une âme. C’est à partir de Descartes, qu’on utilisera plutôt « esprit », mais cet esprit garde toujours de nombreuses caractéristiques de l’âme. De nos jours, on peut même dire conscience tout en gardant l’essentiel de l’âme. Les deux sont souvent interchangeables. Le ciel est l’âme ou l’esprit de la Nature, « la terre » est son corps.

Le ciel est la voûte céleste qui repose sur les quatre coins de la terre, gardés par des anges, des rois etc. La voûte céleste (S. div) est parsemée de corps célestes qui brillent, des êtres lumineux (S. deva). Ils sont immortels, car ils réapparaissent continuellement, pareils à eux-même, contrairement à tout ce qui naît et meurt sur la terre.
« Tous les corps célestes se montrent perpétuellement les mêmes avec leurs grosseurs, leurs couleurs, leurs mêmes diamètres, leurs rapports de distance, si l’on en excepte les planètes ou les astres mobiles : leur nombre ne s’accroît ni ne diminue. »
Dans cette opposition d’aspects, il y a en un qui est considéré immobile et éternel et la cause des naissances et morts de l’autre. Tel le macrocosme, tel le microcosme : l’humain. Pour Platon et d’autres, l’âme est le principe qui se meut lui-même et qui fait se mouvoir les éléments. L’âme est divine, c’est-à-dire immortelle. Elle est en cela le contraire du corps qui est mortel.

Comment, en essayant de penser, faire abstraction de ce qui se passe au-dessus de nos têtes, ou de ce qu’on imagine de ce qui s’y passe ? Si on pense avec des images, comment faire abstraction d’elles ? La conception de la division ciel-terre semble avoir influé celle de notre âme-corps ou esprit-corps. Il y une analogie entre le ciel et l’âme et entre la terre et le corps. Le ciel et l’âme sont de la même nature : immortelle, éternelle…divine.

Les religions sont des cultes de l’éternel, du ciel, des dieux, des astres, des êtres lumineux (deva). Souvent, les religions sont des révélations. La révélation se situe dans le passé. Cette révélation se transmet, dans le cadre d’une orthodoxie et d’une orthopraxie, pour garantir son authenticité. Si la révélation reflète le ciel tel qu’il était au moment de la révélation, il reflète aussi l’état de la connaissance du ciel d’une certaine époque historique. La connaissance du ciel du passé était la science des astres, à la fois astronomie et astrologie, une science qui servait la religion (et par là l’agriculture) et l’aidait à établir ses calendriers. Le calendrier avait principalement pour fonction d’indiquer les jours fastes ou les jours de culte de tel ou tel dieu (astre) ou autre être céleste.

Le ciel des grandes religions, comme veut le prouver Dupuis, est celui des égyptiens ou des babyloniens. Un ciel qui compte sept sphères, huit en comptant la sphère qui les englobe. Les révélations passant par des traditions jalouses, elles ont peu bougé. D’autres grands êtres lumineux furent découverts, mais l’essentiel des révélations resta inchangé. D’autant plus que les origines célestes des religions s’oublièrent avec les années. Les premières religions étaient des cultes de la Nature, notamment des cultes du soleil, qui apporte la lumière et la chaleur.

A cause du phénomène de la précession des équinoxes, le soleil traverse 6 maisons du zodiaque en l'espace de 12 960 ans (la durée d'un demi-cycle précessionnel). A l’époque éloignée de l’origine des révélations, le Taureau (« qui prêtait ses formes au soleil équinoxial printanier ou à Osiris ») était le signe qui répondait à l’équinoxe du printemps[1]. Ce point se déplaça, à reculons, dans le Bélier/Agneau vers l'an 2000 av. J.-C., marquant la fin de l'ère astrologique du Taureau, etc.[2]

Une tradition qui suit fidèlement la révélation qui reflète le ciel d’une certaine époque, se trouverait donc en décalage par rapport au ciel réel de l’époque actuelle. En suivant le calendrier d’une autre époque, il se peut que les jours de culte de certains dieux, soient des jours où ces être lumineux/dieux sont absents... C’est en ne prenant pas compte du phénomène de la précession des équinoxes, que les calendriers tibétains qui se basent sur le Kālacraka Tantra, ont d'ailleurs dû être sans cesse réformés.

C’est une allégorie en soi, qu’en suivant le plus fidèlement du monde une révélation ou une tradition, on finit par se trouver en décalage par rapport à la réalité, qui elle n’a pas cessée de changer, voire progresser.

***
Illustration : Fragment du Crabe-tambour de Pierre Schœndœrffer

[1] Dupuis, Abrégé de l'origine de tous les cultes, Chapitre VI. — Explication des voyages d’Isis ou de la Lune, honorée sous ce nom en Égypte.

[2] Wikipedia 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

LinkWithin

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...