lundi 3 juin 2013

Trois méditations de Kalou Rinpoché



Mon amie Betty Picheloup (décédée en 2012), qui était à l’origine du Refuge, était une disciple de Kalou Rinpoché (1904-1989). Elle m’avait parlé d’une méditation de maṇḍala que lui avait enseigné Kalou Rinpoché. Je connaissais la méthode de śamatha (T. zhi gnas) dit « spécial » (T. thun mong ma yin pa) de Kalou Rinpoché, ainsi qu’une méthode de vipaśyanā (T. lhag mthong) également dit « spécial ».


La méditation de śamatha a pour objet la dissolution des éléments (« matériels »), telle qu’elle a lieu au moment de la mort selon les enseignements du Bardo. Les cinq éléments sont représentés par des figures géométriques ayant chacune une couleur différente. L’élément terre est représenté par un carré jaune, l’élément eau par un cercle blanc, l’élément feu par une triangle rouge, l’élément air par une demi-lune verte (le côté plat vers le haut) et l’élément espace par une sphère bleue. L’élément terre se dissout dans l’élément eau, qui se dissout dans l’élément feu etc. jusqu’à l’élément espace. L’élément espace se dissout dans l’ensemble de huit consciences représenté par une sphère transparente sans couleur. Cette sphère va devenir de plus en plus grande jusqu’à ce qu’elle remplit toute l’espace infinie.

La méditation de vipaśyanā spécial prend pour objet les cinq groupes d’appropriations, dits « agrégats » (S. skandha T. phung po). Il s’agit d’éléments (« psychologiques ») que l’on s’approprie et que l’on dit « mien ». Il s’agit respectivement de la forme, des sensations, des représentations, des facteurs de composition et des consciences. A partir de l’espace surgit une sphère (S. bindu) lumineuse blanche de lataille d’un œuf. Elle représente la forme (S. rūpa), le corps matériel, qui est en essence Vairocana (avec sa parèdre Ākāśa Dhātīviśvarī). Cette sphère est visualisée sans faire de distinction entre l’objet imaginé et l’esprit qui l’imagine. La lumière de la sphère est reconnue comme la lumière rayonnante inhérente à l’esprit.

On procède de la même façon pour les autres skandha. Les sensations sont représentées par une sphère lumineuses jaune, en essence Ratnasambhava (avec sa parèdre Māmakī). Les représentations par une sphère lumineuse rouge, en essence Amitābha (avec sa parèdre Paṇḍaravāsinī). Les facteurs de composition (les 51 caitta) sont représentés par une sphère lumineuse verte, en essence Amoghasiddhi (avec sa parèdre Samayatārā). Et les 8 consciences sont représentées par une sphère lumineuse bleue, en essence Akṣobhya (avec sa parèdre Locanā).

Les instructions dont Betty m’avait fait part, semblaient être une variation de vipaśyanā spécial, ou peut-être un prolongement ou un rappel de la méditation pendant les activités de la vie quotidienne. Il s’agissait de s’imaginer comme un ensemble (maṇḍala) de cinq sphères. Au centre, une sphère lumineuse blanche (Vairocana), devant une sphère lumineuse bleue (Akṣobhya), à droite une sphère lumineuse jaune (Ratnasambhava), derrière une sphère lumineuse rouge (Amitābha) et à gauche une sphère lumineuse verte (Amoghasiddhi). Il se peut que la méditation soit assortie d’une série de dissolutions. Si vous connaissez la méditation dont me parlait Betty, merci de laisser un commentaire.

La série des deux méditations (śamatha et vipaśyanā) peut être suivie d’une troisième méditation dite « Mahāmudrā ».

On s’imagine que le soi/l’essence que l’on attribue à l’individu et aux phénomènes sont l’aspect impur de l’esprit et que l’aspect pur est la substance spirituelle (S. dharmatā T. chos nyid), c’est-à-dire l’absence d’essence dans l’individu et dans les phénomènes. Cette absence d’essence, que l’on appelle vacuité, est l’essence de l’esprit. Celle-ci est représentée par une sphère sans couleur, comme une boule de cristal, mais immatérielle. Cette sphère a d’abord la taille de la première phalange du pousse, mais elle grandit progressivement pour atteindre la taille du corps, de la pièce où l’on se trouve, de la ville, la terre, le système solaire, la galaxie, l’univers, pour finalement s’étendre partout dans l’espace. Le Discernement (T. rig pa) fusionne avec l’espace, sans aucune différenciation, ni sujet ni objet. Partout où pénètre l’espace, la conscience pénètre. Partout où pénètre la conscience, le Discernement pénètre. Partout où pénètre le Discernement, le corps spirituel (dharmakāya) pénètre.

PDF en anglais sur les trois méditations de Kalou Rinpoché

Fichier RTF avec la version Wylie et unicode d'une transcription d'un enseignement donné par Kalou Rinpoché. On y trouve des instructions sur śamatha et vipaśyanā, dites "extraordinaires", car ancrées dans le vajrayāna et capables de conduire à l'état de Bouddha. On y trouve aussi des instructions sur la pratique des Terres pures (émanation d'un Corps éveillé, les cinq intuitions...). Transcription faite par Lama Namsé à Karma Sonam Dargy Ling au Canada. Avec mes remerciements à Michel Chatalic.

1 commentaire:

  1. Bonjour,
    j'ai reçu à plusieurs reprises ces pratiques et ai pu les pratiquer longuement lors de deux retraites (1 an et 3 ans et 3 mois). ALe parachèvement des deux pratiques de chiné spécial et Lhaktong spécial conduit à l'introduction à la nature de l'esprit (Mahamoudra). Suit alors une période de familiarisation à la vue et des pratiques pour accroitre son déploiement (renforcements). Cette troisième "pratique" est donc d'avantage une non-pratique (contemplation, discernement) qu'une pratique formelle comme les deux précédentes. Mais une fois à ce "3e stade", chiné et lhaktong s'applique à la vue elle-même. C'est pourquoi le mandala des 5 sphères n'est que le symbole de ce qu'il s'agit de contempler en Rigpa, en le Mahamoudra. Les véritables dissolutions se sont déjà produites...
    Arnaud Guétcheu http://www.terresderepos.tv

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