jeudi 16 mai 2013

Mani, le Bouddha de Lumière



Après la mort de Mar[0] (T. gtso bo) Mani en 276, les "douze apôtres"[1] de l’église manichéenne ont répandu sa doctrine. Mar Amu avait fondé un église en Sogdiane ou Sogdie (Samarcande), qui sera un centre de prosélytisme (T. chos lugs spel mkhan) important, d’où sa doctrine se propagea jusqu’en Chine, en Mongolie et même au Tibet. De nombreux textes de communautés manichéennes furent retrouvés dans l'oasis de Tourfan et dans les grottes de Dun-huang, en moyen-persan, parthe, ouïghoure, en chinois[2] et en sogdian.
« Les Sogdiens, de langue persane, ont joué au Moyen Âge un important rôle d'intermédiaire commercial le long de la Route de la soie. […] Les premiers contacts entre les Sogdiens et les Chinois ont été établis par l'entremise de l'explorateur chinois Zhang Qian au cours du règne de Wudi, empereur de l'ancienne dynastie Han, 141-87 av. J.-C » (Wiki
Les manichéens furent persécutés par l’Empire romain dès 302, mais continuèrent leur développement à l’est, le long des routes de la soie, où elle coexistait avec les chrétiens nestoriens, les zoroastriens et les bouddhistes, et où la doctrine manichéenne était tolérée. Entre 763 et 840 elle sera même la religion officielle du Turkestan chinois.
« Elle est encore une religion pratiquée au temps des grands encyclopédistes musulmans au cours du Moyen Âge ; on connaît des manichéens à Bagdad ou à Samarkande jusqu’au début du XIe siècle. Dans son voyage en Chine, Marco Polo en découvre même à la fin du XVème siècle à Zaitun, alors qu’en Occident le manichéisme n’est plus une réalité vivante depuis de nombreux siècles. » (manicheism.free[3]). 
Le manichéisme aurait été introduit en Chine en 694 et apprécié par l'impératrice Wu Tso-t'ien de la dynastie T'ang (618-907). Mais plus tard, un édit impérial de l'empereur 732 Hiuan-tsong la considéra comme une «doctrine hérétique » qui se fit passer pour du bouddhisme.
« En 731, l'empereur de Chine, Xuanzong (712-756), avait ordonné qu'on lui présentât un exposé de la doctrine avant d'autoriser, en 732, aux seuls étrangers, l'exercice de cette religion «perverse» qui était celle des Ouïgours.
De ce texte [« Principes de la doctrine de Mani, Bouddha de Lumière »] rédigé par un évêque manichéen, les six premiers articles ont été retrouvés à Dunhuang: le fragment de Paris, qui fait suite au manuscrit Stein de la British Library, ne comporte que les deux derniers. »
La pratique personnelle de cette religion était cependant tolérée. A partir de 843, le manichéisme fut interdit en Chine, avec toutes les autres religions étrangères, y compris le christianisme et le bouddhisme.[4]

La doctrine manichéenne fut également présente au Tibet, comme en témoigne un texte attribué au roi Khri song lde btsan (755–797), intitulé « bka' yang dag pa'i tshad ma'i mdo btus pa »[5]. Il y est exposé comment un imposteur perse Mar Mani, se rendit coupable d’une escroquerie intolérable, ayant fabriqué un culte à partir de cultes différents.[6] Le même roi établit d’ailleurs le bouddhisme comme religion d’état, à l’exclusion de toutes les autres, y compris le « Bön ».

Dan Martin m’avait signalé un essai en tibétain ('Khyar bon dang ma ni'i chos lugs skor las 'phros pa'i gtam) d’un universitaire contemporain Zhonbu Tsering Dorjee (T. 'Brong bu tshe ring rdo rje)[7], sur les liens possibles entre la doctrine de Mani et l’école Bön, dite « Bön dévié » (T. ‘khyar bon). Pour son hypothèse, il se base entre autres sur Stein (T. (reconstitué du chinois) Shag-wun). Zhonbu Tsering Dordjé aurait décelé sept textes dans le Canon Bön[8], qui pourraient correspondre aux textes de Mani en araméen (T. a la rmi shar ba).

En ce qui concerne, l’école « Bön dévié » (T. 'khyar bon), nom donné par leurs adversaires, voici comment on raconte ses origines.

Le roi tibétain mythique Drigum Tsanpo (T. Gri gum btsan po), le premier à perdre l’immortalité, aurait été assassiné à cause de sa persécution des Bönpos. Mais son esprit (T. gshin) n’arriva pas à trouver le repos et il causa du mal au peuple. Trois « bönpo » furent invités du Cachemire (T. kha che), de Gilgit (T. bru sha), et de Zhang-zhung, afin de procéder à des rituels pour apaiser l’esprit du roi, ce dont les prêtres locaux furent incapables. Le « bönpo » de Zhang-zhung aurait invoqué les dieux Ge khod (dieu principal de Zhang Zhung), Khyung (Garuda) et Me lha (le dieu du feu). Le deuxième « bönpo » de Gilgit était expert en divination, et le troisième était un « bönpo » cachemirien, expert en cérémonies funéraires. Avant la venue de ces trois « bönpo », il n’existait pas de philosophie Bön au Tibet, mais celle-ci comportait désormais des doctrines (siddhanta) shivaïtes hérétiques(tirthika) et fut appelée « Bön dévié » (T. mu stegs dbang phyug pa'i grub mtha' 'khyar ba bon). Source : Bonpedia.

Manichaeism is alive and kicking...
Gnose et bouddhisme
Polémiques au Tibet

MàJ 17062017
Helmut Hoffmann, Manichaeism and Islam in the Buddhist Kâlacakra System
***

[0] "Mar or Mor is a title of respect in Syriac, literally meaning 'my lord'. It is given by custom to all bishops and saints. The corresponding feminine form given to women saints is Mart or Mort. The title is placed before the Christian name, as in Mar Aprem/Mor Afrem and Mart/Mort Maryam. This is the original meaning of the name Martha 'A Lady'. The variant Maran or Moran, meaning 'Our Lord', is a particular title given to Jesus, either alone or in combination with other names and titles. Likewise, Martan or Mortan is a title of Mary. Occasionally, the term Maran or Moran has been used of various patriarchs and catholicoi. The Syriac Orthodox Patriarch of Antioch, the Malankara Orthodox Catholicos and the Syro-Malankara Major Archbishop Catholicos use the title Moran Mor. Sometimes the Indian bearers of this title are called Moran Mar, using a hybrid style from both Syriac dialects that reflects somewhat the history of Syrian Christians in Kerala. The Pope of Rome is referred to as Mar Papa by the Nasranis of India." Source
[1] Mar Sisin de Kaskar, Mar Innai, Mar Kushtai, Mar Salmai, Mar Amu, Mar Addai, Mar Ozei, Mar Zaku (alias “Zakwa”), Mar Paapi, Mar Gavriavi, Mar Bahraya, Mar Thoma (mort en app. 320 CE, Egypt), Mar Pattiq Source : manichaean.org

[2] Deux textes chinois furent découverts à Tun-huang par la mission Pelliot et la mission Stein. Taishô vol. LIV, N° 2140 et n° 2141.

[3] Fichier PDF

[4] Filosofía de la India: Del Veda al Vedanta. El sistema Sāṃkhya, de Fernando Tola,Carmen Dragonett, pp. 520-524

[5] Il aurait même un titre en sanscrit : Samyagvakpramanoddhrtasūtra

[6] par sig g.yon chen mar ma ni/ g.yon mi bzod pas gtsug lag kun dang mi mthun pa gcig bya ba'i phyir gtsug lag kun nas drangs te/ byas pa lta bu ched du mi mthun par sbyar na/ gtsug lag gzhan gyis grub pa'i mtha' yod par gyur te/ ma grub pa la sogs pa'o/. gyon can = rogue, fornicateur, démon, intrigant, intrigue, escroc (S. dhūrtaka)

[7] Publié dans son livre Rtsod bzlog them spungs ma (Lanzhou 2007),

[8] 1. rdzogs pa rin chen gser gyi phreng ba
2. phung po rang 'gyur thig le dgu bskor
3. rnam dag tshul khrims 'dul ba'i 'bum
4. man ngag 'khor lo 'od gsal
5. sngon dngos rjes dran
6. khro rgyud mdo chen byams pa
7. dge rgyas tshogs chen rdzogs pa'i 'bum

Ces sept textes correspondraient aux textes manichéens suivants traduits en chinois :


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