samedi 12 mai 2012

Un bouddhisme séculier



Stephen Batchelor, auteur de Le Bouddhisme libéré des croyances et de Itinéraire d'un bouddhiste athée a publié un article sur une nouvelle forme de bouddhisme qu’il voit émerger, le bouddhisme séculier (A secular buddhist, un bouddhisme dans le siècle[1] (saeculum). Ce bouddhisme a pour objectif de retourner aux racines de la tradition bouddhiste et de repenser le bouddhisme à partir de la base[2]. Pour retrouver ces racines, Batchelor se tourne vers le canon pāli, c’est-à-dire la collection de textes rédigés en pāli attribués au bouddha historique sur laquelle se base la tradition des Anciens (P. theravāda S. sthaviravāda). Le canon pāli « aurait été mis par écrit pour la première fois à Sri Lanka au 1er siècle av. J.-C., à l’occasion du quatrième concile ». La rédaction et la compilation allait se poursuivre encore pendant quatre siècles. Le canon pāli est souvent interprété à la lumière des commentaires du moine Buddhagosha (ve siècle). Le bouddhisme de cette tradition est hautement monastique. Le rôle des laïcs se limite, dans le meilleur des cas, aux cinq préceptes de base et à la la subvention aux besoins des moines.

Batchelor se considère bouddhiste, car il se tourne vers le bouddha pāli pour trouver des réponses et accorde de l’autorité aux paroles qui lui sont attribuées. Il a foi en lui et en ses paroles. En se basant sur le canon pāli, Batchelor se voit cependant confronté à plusieurs problèmes. Les textes du canon pāli s’étalent sur un laps de temps de 4-5 siècles et comportent des éléments contradictoires. Il s’agit donc de faire des choix. Les éléments sélectionnés pour refonder le bouddhisme séculier doivent contribuer à gérer « le vaste sujet de la naissance et dela mort ».[3]

Ensuite, les éléments qui sont sélectionnés devront être inédits et exclusifs au bouddha pāli. Les croyances partagées avec d’autres traditions contemporaines du bouddha historiques (jaïns, brahmanes…) devront être laissées de côté. Par exemple, tout ce qui fait partie de la vision du monde au Vème sicèle avant JC : la renaissance dans les enfers par la force des actes négatifs, ou la fin du cycle existentiel (saṁsāra) en atteignant le nirvana. Les éléments inédits, sans précédents, sont appelés par Batchelor les « quatre P »
1. Le principe d’existence conditionnée
2. Le processus des quatre nobles tâches (vérités)
3. La pratique de l’attention
4. Le pouvoir d’indepéndance[4]
Ces quatre critères permettent de capturer l’essence du bouddhisme en sélectionnant les éléments éthiques, philosophiques et pratiques indispensables pour vivre dans le siècle. Mais ce n’est pas suffisant. La figure du bouddha, divinisée pendant des siècles, a besoin de passer par un lavage séculier, pour la rendre plus humaine.

Le bouddhisme séculier n’est pas une série de croyances ou de dogmes à adopter, mais doit inciter à agir avec pragmatisme dans le monde. Au lieu de justifier la croyance que « la vie est souffrance » (la première noble vérité), on cherche à accueillir la souffrance quand elle se présente et à la traiter avec sagesse. Au lieu d’essayer de se convaincre que « la soif est l’origine de la souffrance » (la deuxième noble vérité), on essaie de lâcher prise et de ne pas s’embrouiller dans la soif quand elle se présente physiquement ou psychiquement. De ce point de vue, cela n’a aucune incidence si les affirmations « la vie est souffrance » ou « la soif est l’origine de la souffrance » soient vraies ou fausses.[5] L’éveil n’est alors pas un état, mais un processus, une façon de vivre et un engagement éthiques permettant l’épanouissement humain. Le nirvāṇa n’est pas le but de la voie, mais sa source.

Article très critique du bouddhisme séculier (On the Faith of Secular Buddhists) et de l'article de Batchelor par Glenn Wallis. Un billet (Sauver le Dharma des mains des fondamentalistes - Rescuing the Dharma from Fundamentalists) de Jayarava plus proche de la position de Batchelor. Critique de B. Allen Wallace.


[1] « Le monde et ses activités profanes par opposition à la vie consacrée à Dieu, à la vie en religion. » Atilf
[2] « it seeks to return to the roots of the Buddhist tradition and rethink Buddhism from the ground up. »

[3] « to help me come to terms with what the Chinese call the “great matter of birth and death. »
[4] 1. The principle of conditionality 2. The process of four noble tasks (truths) 3. The practice of mindful awareness 4. The power of self-reliance
[5] « Instead of trying to justify the belief that “life is suffering” (the first noble truth), one seeks to embrace and deal wisely with suffering when it occurs. Instead of trying to convince oneself that “craving is the origin of suffering” (the second noble truth), one seeks to let go of and not get tangled up in craving whenever it rises up in one’s body or mind. From this perspective it is irrelevant whether the statements “life is suffering” or “craving is the origin of suffering” are either true or false. »

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