vendredi 2 mars 2012

Vérité et charité



Qu’est-ce que c’est un « bouddha » et en quoi prend on refuge ?


Les bouddhas sont ceux qui se sont libérés des composants psychiques conduisant à un monde de méprise et de souffrance, et qui simultanément continuent de s’engager dans le monde par compassion pour les autres, jusqu’à ce que ceux-ci soient libérés à leur tour. L’éveil et les éveillés ont donc une double qualité de liberté des méprises du monde et d’engagement compassioné dans ce monde.


La simple absence de méprise, ou « vérité », ne suffit pas pour être qualifiée d’éveillé (bouddha). Ce double aspect de l’éveil se retrouve dans l’idée du couple vérité et charité du christianisme.

"On se fait une idole de la vérité même; car la vérité hors de la charité n'est pas Dieu, et est son image et une idole, qu'il ne faut point aimer, ni adorer, et encore moins faut-il aimer ou adorer son contraire, qui est le mensonge". Pascal, 582
Ce double aspect de l’éveil se retrouve à tous les niveaux du chemin spirituel, autrement dit de la voie du bodhisattva. Chaque élément est marqué par ce double objectif. La vérité, qui libère, est l’intérêt propre de chacun. La charité est l’intérêt d’autrui. La vérité va avec la connaissance (prajñā), et la charité avec les moyens (upāya). Au niveau du chemin, cette connaissance est une pratique et à développer ; au niveau du résultat, le bouddha, elle correspond au corps de phénomènes ou de qualités spirituelles (dharmakāya). Les moyens habiles sont l’expression de la compassion à travers la pratique des six vertus (pāramitā), et dans le bouddhisme ésotérique, aussi des rituels et des yogas. D’un point de vue plus schématique et didactique, les deux collections, celle de l’intuition (jñāna) et du mérite (puṇya), constituent les éléments concrets avec lesquels on édifie progressivement un bouddha. Au niveau du bouddha, ils correspondent à son corps symbolique et physique (rūpakāya). Au niveau de la méditation, le recueillement (samāhita) correspond à la vérité et le post-recueillement (T. rjes shes S. anvayajñāna) à la charité. L’intuition de l’éveillé, qui est l’aboutissement des deux, reflète encore ce double aspect : l’intuition qui connaît les choses telles quelles sont (S. yathābhūtaparijñāna) et l'intuition qui connaît les choses telles qu'elles se manifestent (S. yathāvad vyavasthānaparijñāna). La première se rapporterait alors plutôt à la vérité, la deuxième à la charité.


Un éveillé ou un apprenti éveillé allie les deux, et son apprentissage est incomplet si un des deux aspects manque. Mais il ne faut pas confondre la source et ce qui en jaillit. Des trois objets de refuge (bouddha, dharma et sangha), le bouddha est le principal. Des trois corps d’un bouddha, le principal est le corps des qualités spirituelles (dharmakāya). C’est à proprement parler un refuge. C’est de cette source que jaillissent les corps formels, que l’on ne construit pas à partir de dharma déjà jaillis. Ce serait du recyclage. Pas de récyclage d’images dans la réintégration du Spontané (sahaja). Et ce n’est pas le bouddha qui édifie ses corps formels. Il ne les perçoit pas, ni ne perçoit-il les qualités éveillées (buddhadharma). Ce sont les êtres qui perçoivent de façon dualiste et qui conceptualisent les corps formels du bouddha. Car l’essence « qui définie » un bouddha n’est pas une collection de qualités éveillées, mais la réalisation non duelle du réel, de la vacuité des phénomènes.

La nature a des perfections pour montrer qu'elle est l'image de Dieu, et des défauts, pour montrer qu'elle n'en est que l'image. Pascal, 580

Pour le point de vue sur la vérité et la charité (Caritas in veritate) du souverain pontife Benoît XVI, c'est ici

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