mardi 15 novembre 2011

Rongzom prend la défense du "Dzogchen"





Selon Samten G. Karmay (The Great Perfection, p. 122), l’édit du moine royal Ye-shes-’od vise surtout les pratiques du meurtre rituel et des pratiques sexuelles  (sgrol ba et sbyor ba) du Guhyagarbha[0] (chapitre 11), bien que l'édit désigne bien le « Dzogchen »[1]. Ce tantra a d'ailleurs fait l’objet d’un commentaire par Rong-zom pa Chos-kyi bzang-po (milieu 11ème) et par Klong-chen rab-’byams (1308–1363), ce qui démontre son importance dans l'école des anciens. Karmay considère que le nom "Dzogchen" représente alors la tradition de Vairocana basée sur Le coucou de l'Intelligence (T. rig pa’i khu byug). Il conclue de cette accusation qu'il y ait confusion entre la tradition de Vairocana et le Guhyagarbha. Pourquoi cette confusion, à qui ou à quoi est-elle due ?

Mais c’est sans doute dans ce contexte, que Rongzompa aurait écrit son Entrée dans le système du Mahāyāna (T. theg pa chen po’i tshul la ’jug pa Réf. TBRC W27479). L’objet de cette œuvre est la défense de la Grande complétude selon le système de Rongzompa (T. rong lugs), disparu actuellement, malheureusement...

Son œuvre se divise en six sections. La première section (1-82) est la démonstration que tous les phénomènes (dharmā) sont comme des illusions » (T. chos thams cad sgyu ma lta bur ’go mnyam par bstan pa). La deuxième (82-134) donne la réponse à des objections susceptibles d’être évoquées par la première partie. La troisième (134-175) est l’analyse des différents systèmes de sūtra, tantra et de la Grande complétude, considérée comme le point culminant de l’enseignement bouddhiste. La quatrième section (175-205) explique comment le système Dzogchen est insensible aux attaques par la logique (T. rDzogs pa chen po’i tshul rig pas mi gnod pa’i skabs), puisqu’il est au fond un système basé sur la foi...[2] La cinquième section (205-304) est une exposition des théories de la Grande complétude et la sixième (304-324/335) s’adresse à ceux qui ne peuvent pas suivre le système Dzogchen, et qui pourront progresser en pratiquant des méthodes de transformation spirituelle (T. sems kyi bcos thabs).

Dans la cinquième section il définie trois types d’intellect. Les objets psychosensoriels (T. dmigs pa) sont utilisés par l’intellect qui procède à un discernement au niveau de la représentation. Les apparences (T. snang ba) sont utilisées par l’intellect qui procède à un discernement au niveau de la sensation. Les caractéristiques de l’absolu (T. ngo bo nyid) sont utilisées par l’intellect qui procède à un discernement par la lucidité non duelle (T. shes rab dri ma med pa, que Karmay traduit par "gnose immaculée", p. 128, bien qu'il s'agisse ici de prajñā)[3].

Les thèses de la cinquième section sont : 1. Tous les éléments psychosensoriels (dharmā) sont considérés comme éveillés/ouverts dans l’être propre du point limite (S. bindu), la bodhicitta (T. chos thams cad byang chub kyi sems thig le chen po gcig gi rang bzhin tu sangs rgyas par lta ba). 2. Toutes les apparences superficielles sont considérées comme le jeu de Samantabhadra. 3. Tous les êtres sont considérés comme le champs de l’éveil à la réalité sous-jacente (T. sems can thams cad zab mo byang chub kyi zhing du lta ba). 4. Tous les objets (S. gocara) sont considérés comme l'auto-émergence de l'intuition spontanée (T. spyod yul thams cad rang byung gi ye shes rang shar bar lta ba).

Je reviendrai sans soute sur cette oeuvre et son auteur.

***

[0] gSang ba snying po
[1] "rdzogs chen ming btags chos log bod du dar"
[2] “Those men who have faith in the system of rDzogs chen will realise and enter into the system by just being shown it. However, those who are attached to the works of Sanskrit and logic, think in the following manner: all our doctrines concord with the definition that is given in Sanskrit and are proved by logic, but the system of rDzogs chen is opposed to logic. That which is contrary to logic cannot be accepted” (T. rdzogs pa chen po’i tshul la dad pa’i gang zag rnams kyang/ ’di nyid bstan pa tsam gyis rtogs shing ’jug par ’gyur ba yin na/ ’on kyang sgra’i bstan bcos dang/ rig pa’i bstan bcos la mngon par zhen pa’i gang zag dag ’di snyam du/ bdag cag gi grub pa’i mtha’ ’di dag ni/ sgra’i don dang rig pas grug pa yin la/ rdzogs pa chen po’i tshul ni rig pa dang ’gal te/ gang rig pa dang ’gal ba de ni blang bar bya ba ma yin no/).
[3] dmigs pa ni ’du shes kyis bye brag tu byas pas (pa’i) blo’i spyod yul lo/ snang ba ni tshor bas bye brag tu byas pas (pa’i) blo’i spyod yul lo/ ngo bo nyid kyi mtshan nyid ni shes rab dri ma myed pas bye brag tu byas pa’i blo’i spyod yul lo/

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