jeudi 3 novembre 2011

Le retour du blasphème ?



Un article un peu alarmant sur le site Agoravox (Des religieux, dont le Dalaï-Lama, veulent que l’interdiction du blasphème soit inscrite parmi les droits de l’Homme) (déterré sur le blogue de Bouddhanar) signale qu’à l’issu de la tenue de la « Deuxième conférence mondiale sur les religions du monde après le 11 septembre 2001 », les personnalités religieuses présentes, parmi lesquelles le Dalaï-Lama, Deepak Chopra, les professeurs Tariq Ramadan, Robert Thurman, Steven T. Katz et Gregory Baum, ont publié LA DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE LA PERSONNE PAR LES RELIGIONS DU MONDE.

L’article, publié le 16 septembre 2011 par Catherine Segurane (« Féministe, laïque, patriote, païenne et bouddhiste »), attribue à cette déclaration universelle de vouloir « que l'interdiction du blasphème, et même la simple interdiction de critiquer les religions, soit inscrite au rang des Droits de l'Homme. »
Le mot « blasphème », qui signifie « parole, discours outrageant à l'égard de la divinité, de la religion, de tout ce qui est considéré comme sacré » ne figure pas en tant que tel dans la déclaration. Mais il est vrai que l’article 12 de la déclaration peut faire froncer les sourcils, notamment les § 4 et 5 de cet article.

« ARTICLE 12
(1) Toute personne a droit à la vie privée. Ce droit comprend le droit de ne pas être sujet à une ingérence arbitraire dans sa vie privée; dans la sienne, celle de sa famille, son domicile ou sa correspondance.

(2) Chacun a droit à sa réputation.

(3) Il est du devoir de chacun de protéger la vie privée et la réputation de toute autre personne

(4) Chacun a le droit que sa religion ne soit pas dénigrée dans les médias ou dans les maisons d’enseignement

(5) Il est du devoir de l’adepte de chaque religion de s’assurer qu’aucune religion n’est dénigrée dans les médias ou dans les maisons d’enseignement. »
[caractère gras ajouté par moi]
Le site de la conférence publie également trois résolutions prises à l’issu de la deuxième conférence.

« Résolutions
Qu'un cours sur les religions du monde soit offert dans tous les endroits où existe un enseignement confessionnel d'une religion, qu'il s'agisse, par exemple, d'un séminaire, d'une yeshiva, d'une madrassa, d'un matha hindou ou d'un monastère bouddhiste,
à condition que ce cours ait été approuvé par la plus haute instance de cette religion.
Que
la violation de la sainteté des écritures d'une religion, quel qu'elle soit, est comparable à la violation de la sainteté des écritures de toutes les religions.
Que les religions du monde doivent se rassembler pour rédiger une Déclaration universelle des droits de la personne émis par les religions du monde, qui comprendrait leur vision de l'épanouissement humain, et qui s'ajouterait à la Déclaration des Nations Unis. » [caractère gras ajouté par moi]
La déclaration universelle des droits de la personne par les « religions du monde » devrait donc être inclue dans Déclaration des Nations Unis.  Quelle serait la concrétisation de ces nouveaux droits, devoirs et résolutions ? Elle requerrait que des listes officielles de « religions du monde » et « des plus hautes instances de ces religions » soient établies, pour que ces « plus hautes instances » puissent contrôler l’enseignement confessionnel de leur religion respective dans une « maison d’enseignement », et éventuellement prendre des mesures en cas de non-conformité. On peut craindre que les religions ne figurant pas sur la liste officielle, soient qualifiées de « religions non homologuées », voire de « sectes ».

On peut aussi se poser légitimement la question quelle forme prendrait la protection des nouveaux droits religieux. Quand une religion "du monde" « est dénigrée dans les médias ou dans les maisons d’enseignement» (12§4) comment les adeptes s’y prendraient-ils pour faire leur « devoir », c’est-à-dire « s’assurer qu’aucune religion n’est dénigrée dans les médias ou dans les maisons d’enseignement » (12§5) ? Cela devra sans doute être encadré par la législation, sous quelle forme, et quelles instances (laïques ?) devraient être instaurées pour veiller aux droits et devoirs des adeptes des « religions du monde » ?

Comment définir d'ailleurs « la sainteté des écritures » et comment la violerait-on ? Une religion comme le bouddhisme n’est pas basée sur une révélation, et n’a donc pas d’écritures saintes. Que faire quand la transgression (tantras) fait partie intégrante d’une voie spirituelle plutôt ésotérique d’une religion du monde ? Et que faudra-t-il faire des « écritures saintes » qui violent la sainteté des écritures d’une autre religion en leur propre sein ? Les législateurs (laïcs) auront de quoi faire. On croyait révolue l'époque du roi cachemirien Shankaravarman (883–902) et de son zélé législateur Jayanta Bhaṭṭa...

***

Photo : Le Dalaï-Lama à la deuxième conférence mondiale sur les religions du monde après le 11 septembre 2001


Mise à jour : voir cet article sur la réhabilitation de la notion de blasphème dans le Monde du 3 novembre 2011.


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