mercredi 13 avril 2011

Le biculturalisme de Maitripa



"[Maitrīpa] n'avait pas la même renommée ni le même nombre de disciples que Nāropa, mais il avait un statut similaire et son altruisme était plus grand."[1] Il a en effet dû être un personnage attachant. Son disciple Rāmapāla[2] resta trois ans en deuil sans parler mot près du stupa de Dhānyakaṭaka (T. dpal yon can) après la mort de Maitripa.[3]

Selon Dzongsar Khyentsé Rinpoché, quand Atiśa, déjà au Tibet, donc après 1042, apprit la mort de Maitrīpa, il pleura. C'était, expliqua-t-il, parce qu'il n'y avait que deux personnes au monde qui savaient faire la différence entre le bouddhisme et l'hindouisme[4]. Tellement, ces deux traditions étaient proches l'une de l'autre et s'étaient construites mutuellement dans un dialogue continu du Vème au Xème siècle. Principalement au sujet de la controverse de l'existence d'un Soi (S. ātman), mais pas uniquement. Puis, les polémiques au sujet de différentes doctrines pouvaient être aussi véhémentes au sein du bouddhisme ou au sein de l'hindouisme.

Les traditions parlaient le même langage et utilisaient la même terminologie sinon très similaire. Elles puisaient leurs métaphores dans la même civilisation indienne et leurs pratiques et cultes dans des sources similaires si ce n'étaient pas les mêmes (siddha). A tel point qu'au XIème siècle, on savait difficilement faire la différence. Maitrīpa avait faite une formation complète en tant que ekadaṇḍin et connaissait très bien ses classiques, comme il s'avère de son commentaire sur les Distiques de Saraha. Ce dialogue fut interrompu au XIème siècle et les différentes traditions ont été définitivement systématisées de part et d'autre et sont devenus plus dogmatiques pour ainsi dire.

Deux livres excellents (parmi d'autres) sur le dialogue entre bouddhistes et brahmanes : Michel Hulin, Comment la philosophie indienne s'est-elle développée ? La querelle brahmanes – boudhistes, Panama. Johannes Bronkhorst, Aux origines de la philosophie indienne, Infolio.

***

[1] Tāranātha (1575-1634) sur Maitrīpa dans les Sept transmissions d’instructions (T. bka’ babs bdun ldan), en anglais : The Seven Instruction Lineages, David Templeman
[2] Auteur du Sekanirdeśapañjikā (T. dbang nges bstan gyi 'grel pa)
[3] KBD p 568 / SIL p 13
[4] Arya Maitreya-Buddha Nature.Mahayana Uttaratantra Shastra with Commentary by Dzongsar Jamyang Khyentse Rinpoche. Le problème est qu'Atiśa est mort en 1054 et Maitrīpa en 1075 ou 1085... Il s'agit probablement d'une autre personne.

2 commentaires:

  1. Intéressante, cette confusion entre hindouisme et bouddhisme, et intrigante à la fois. Comment peut-on confondre une tradition théiste et une tradition non théiste ? Est-ce parce que le Bouddha n'a jamais parlé de dieu, qu'il n'a jamais dit que dieu n'existait pas ?

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  2. Cela dépend surtout de quel bouddhisme nous parlons. Si on se met à la place du voyageur marocain ibn Batutta (http://hridayartha.blogspot.fr/2014/02/des-refugies-nostalgiques.html) incapable de faire la différence au 14ème siècle, on peut imaginer un temple hindou à gauche un temple bouddhiste à droite. Les deux ont des statues de divinités, auxquelles ils font des offrandes, avec des prêtres ou des moins effectuant des rituels. Dans les deux, hindous et bouddhistes viennent faire des offrandes et des prières, pour demander santé, argent, un fils etc. Donc, au niveau du vécu des laïcs aucune différence. Peut-être les prêtres et les moines sauront mieux faire la différence, mais selon le voyageur Xuanzang, les moines d'Oddiyana ne savaient pas ce qu'ils récitaient... Un petit élite connaissait donc la différence. Est-ce suffisant ?

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