vendredi 18 février 2011

Rongzom sur les manifestations du Soi universel



Rongzom (rong zom chos kyi bzang po 1012–1088) est un des trois docteurs principaux de l'école Nyingmapa, tenu en grand estime par Atiśa (980–1054) et Gö Lotsawa (1392–1481). Il a écrit L'explication de l'objet des tantras (T. rgyud spyi'i dngos po gsal bar byed pa'i yi ge), dans lequel il parle des mudrā. Le mot mudrā se traduit par "geste", "symbole", "sceau"... Ce terme correspond à la part manifeste du "Soi universel" (T. bdag nyid chen po). On pourrait dire un symbole ou quelque chose de l'ordre d'une épiphanie. Il y a différents nombres de mudrā. On trouve une série de deux, mudrā et mahāmudrā, dans le texte racine du Hevajra tantra. Rongzom nous présente deux autres séries, une série de trois et une série de quatre, qui est la plus connue et celle qui est toujours enseignée actuellement.

Extrait de L'explication de l'objet des tantras :

[518] "Mudrā est le nom des formes manifestes du Soi universel (T. bdag nyid chen po) et c'est par conséquent aussi le Soi non-manifeste. Les mudrā qui sont ses formes manifestes ne sont pas notre corps corruptible. Elles ne passent pas outre les devoirs de notre vie. Elles sont capables de se réveler comme les manifestations (S. nimitta) du Soi universel. Elles sont les sceaux du souverain unique. Personne d'autre ne les possède. Elles ont comme caractéristique de pouvoir exécuter toutes les activités de ce souverain. Extrait des écritures canoniques :
" Sa nature (S. tathā) n'est pas détruite au moment de la mort
Elle est le signe du sceau suprême du roi
Elle est la manifestation du Soi universel
C'est pourquoi elle est appellée 'mudrā' "[1]
Ailleurs :
" Elle est comparée à ce qui scelle toutes les actions du roi
Et de ce fait elle est le sceau de toute activité éveillée."[2]
[519]

[LA CLASSIFICATION]

La mudrā a deux aspects : avec ou sans signe (S. nimitta). Le moyen qui les révèle sous un seul aspect et ce qui la révèle, ainsi que l'accès à la qualité de la prajñā par des particuliers (S. vyakti) fabriqués.
Pour ce qui est des moyens qui la révèlent : 1. mahāmudrā 2. samaya 3. dharma 4. karmamudrā.
[520] Voilà comment elles sont appelées dans une série de quatre.

1. La mudrā qui se réalise naturellement dans l'acte 2. la mudrā de la gnose et 3. la Mahāmudrā. Voilà comme elles sont appellées dans une série de trois.

Dans le système de la non-dualité universelle (T. thams cad gnyis su med pa) certains l'appellent la mudrā qui se réalise spontanément. Voilà pour ce qui concerne la classification.

LA DEFINITION

Pour ce qui est de la définiton. "mudrā" signifie [manifestation d'] attributs (S. nimitta) et ce qui est révelé par cela ou scellé par cela, c'est la mudrā ou le sceau. Ou bien "moda" est un mot pour ce qui engendre du plaisir et signifie "ce qui produit du plaisir". Ou encore, "mu" qui signifie "ce qui affranchit" et "dar" ce qui entrave. Elle est ainsi ce qui libère et ce qui entrave ou ce qui libère des entraves. Ou encore "mu" pour grand et "dar" pour détruire ce qui donne "mudrā". On peut aussi expliquer mudrā en trois lettres. "mu" est la racine (S. mula), "da" la cause (S. hetu) et "ra" ce qui soutient (S. smira ?). Dans cette explication la racine correspond au symbole (S. samaya). Selon cette citation :
"Le symbole de tous les éveillés
Se situe dans cette mudrā[3]
LA CAUSE

La consécration est la cause. .../...

EXPOSITION DES DIFFÉRENTES MUDRA

[série de quatre]

1. La samayamudrā est la manifestation de l'intuition du Cœur caché (T. thugs gsang ba) du Buddha. Elle stimule et accède ou revèle le lien/symbole (S. samaya). Parce que la manifestation symbolique est dotée du symbole, elle est la mudrā. Un autre sens est que puisqu'elle ne passe pas outre "ceci" (T. 'di nyid) elle est la manifestation symbolique.
2. La dharmamudrā est la manifestation du dharma expliqué par les victorieux. Parce qu'elle est doté [du dharma] et qu'elle l'est, elle est appelée manifestation du dharma, comme ci-dessus.
3. La karmamudrā est la manifestation de l'activité de tous les victorieux. Son sens est comme pour la précédente.
4. La mahāmudrā est la manifestation de la complétude (T. yongs su rdzogs pa). Comme elle est la cause de la remémoration du divin (T. lha dran pa) on l'appelle universelle. On l'appelle aussi universelle/grande parce que toutes les manifestations du Corps désiré sont au complet en elle. Par ce qu'elle est celle en qui le tout du tout (T. thams cad kyi thams cad) est au complet, on l'appelle Mahāmudrā.

Dans l'autre système [de la série des trois mudrā] où elle sont expliquées dans le sens d'un scellement :
1. Le sceau qui se réalise naturellement est le corps féminin, par ce qu'il est scellé ou révelé par le vajra de la gnose. Ou par ce qu'il est fabriqué il est appellé sceau. [524]
2. Le sceau de la gnose est le corps de la déesse générée par la gnose. La définition est comme ci-dessus.
3. Ce qu'on appelle "mahāmudrā" est le corps absolu qui transcende toutes les manifestations (S. nimitta). Comme elle est frappée par les manifestations de la gnose et qu'elle est parfaite par elles, elle est appellée "mahāmudrā". Selon le canon :
"L'acte et la gnose universelle
Conçue (T. brtags pa) à l'aide d'une femme et
Sans manifestation c'est la prajñāpāramitā"[4]
…/…

La mahāmudrā ne signifie qu'une chose : parce qu'elle est la cause de toutes les mudrā, ce qui est revelé par toutes les mudrā, et parce qu'elle est présente en tous les attributs (S. dharmā), elle est appelée mahāmudrā.

***

[1] 'da' ka de bzhin mi shigs pa/ rgyal ba'i phyag rgya mchog gi rtags/ bdag nyid chen po mtshan ma'i gzugs/
[2] rgyal po'i las thams cad phyag rgyas byed pa dang 'dra bar/ sangs rgyas kyi phrin las thams cad phyag rgyas byed de/
[3] sangs rgyas kun gyi dam tshig ni/ phyag rgya 'di la rab tu gnas/
[4] las dang ye shes chen po ni/ bud med dang ni brtags pa dang*/ mtshan med shes rab pha rol phyin/

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