mercredi 2 février 2011

Avadhutipa


Seigneur Rama
Le commentaire des distiques de Saraha ainsi que plusieurs œuvres du cycle du non-engagement mental sont attribués à Avadhūtipa Advayavajra[1]. Padma Karpo (pad ma dkar po 1527-1592) raconte comment Maitrīpa, après sa victoire sur Śantipa, eut un rêve de Tārā qui lui conseilla d'aller dans l'est à Khasarpana, un lieu de culte du grand compatissant. Dans son rêve, Tārā l'apella "Avadhūtipa". A Khasarpana, il eut un aûtre rêve dans lequel apparut cette fois-ci Avalokita, qui lui dit d'aller dans le sud, à Śrī Parvata. Avalokita aussi l'adressa comme "Avadhūtipa". Padma Karpo écrit que c'est à ce moment-là qu'il adopta le nom "Avadḥutipa". Le nom "Advayavajra" lui fut donné plus tard par Śavaranātha. Mark Tatz écrit[2] qu'il ne faut pas conclure de ce passage que plusieurs contemporains portaient le même nom et que toutes les œuvres dans la collection des traités (T. bstan 'gyur) attribués à ce nom ne sont pas forcément celles de Maitrīpa.

Mark Tatz conclue d'ailleurs de la simple attribution de ce nom que Maitrīpa avait commencé la pratique des prāṇa et des canaux subtils[3] des tantras supérieurs et qu'il s'était peut-être même engagé dans le yoga sexuel avec un partenaire. C'est une hypothèse très généreuse sur une base très maigre, surtout si on prend en compte les allégations hagiographiques ultérieures sur Maitrīpa pour le manque de contenu tantrique dans sa méthode, responsable du manque de réussite immédiate et totale de lui-même et de ses disciples. Notons aussi que Padma karpo avait fait dire auparavant à Maitrīpa qu'il ne prendra pas de mudrā.

Avadhūti est le nom donné au "canal médian" (S. uma nadī T. rtsa dbu ma) dans les tantra bouddhistes. Dans les tantra hindou, celui-ci s'appelle suṣumṇā. Le verbe "avadhū" signifie écarter, exclure, rejeter (not. des esprits mauvais) et un "avadhūta" est un renonçant écarté du monde, libéré de son égo, et indifférent au monde. Un modèle de "détachement" (S. virāga). Pour ce qui est de la transformation de Avadhūta en Avadhūtīpa, c'est un phénomène courant comme on peut voir dans les différentes versions et transcriptions de noms de siddha : Jālandhara / Jālandharipa, Śavara/Śavaripa... On pourrait penser que Avadhūtīpa et Avadhūta on le même type de lien.

Le Bhāgavata Purāṇa ou Śrīmad Bhāgavatam comporte quelques chapitres sur un avadhūta, son enseignement et ses maîtres. C'est une oeuvre importante du Vishnouisme et le livre sacré des Bhāgavatas, dévots de Vishnu, qui est vénéré sous le nom de Bhagavant, le Bienheureux. Krishna est son avatar complet (S. purnavatara). Il existe une traduction française sous le titre "Le Bhāgavata Purāṇa ou Histoire poétique de Krichna" de la main d’Eugène Burnouf. On pense actuellement que la version extensive date du 9ème-10ème siècle.

Dans le 11ème livre, Krishna raconte une rencontre entre le roi Yadu et un jeune avadhūta, dont il admire l'intrépidité, la béatitude et la liberté. Le roi Yadu lui demande comment il avait acquis ses qualités. L'avadhūta explique qu'il les avait apprises de nombreux maîtres spirituels en voyageant librement dans le monde. Il en décompte vingt-quatre. L'eau, la terre, le vent, l'espace, la lune, le soleil, la mer, Pingala, un orfraie, un serpent, une jeune fille, un tailleur de flèches… Il raconte ce qu'il a appris de chacun ces maîtres.
"Du fabricant de flèches j'ai appris la valeur de la concentration. Dans une certaine ville vivait un fabricant de flèches, et il donnait à son travail toute son attention. Un jour qu'il forgeait la pointe d'une flèche, le roi et son cortège vinrent à passer dans la rue. Il était si attentif à son travail qu'il ne s'aperçut pas du passage du roi, et quand on demanda s'il avait aimé la musique du cortège, il dit "Quel cortège ? Quand est-il passé ?" Ainsi disons-nous nous concentrer sur la Vérité dont nul objet extérieur ou nul événément ne doivent nous distraire."[4]
Il y a un lien évident entre les chapitres sur l'avadhūta dans le Bhāgavata Purāṇa et un petit texte (L'exposé des 6 qualités du recueillement S. dhyānaṣaḍdharmavyavasthāna) dont l'auteur est un certain Avadhūtipa et que je présenterai sous peu.

Quelques exemples sont aussi présents dans l’entretien entre le roi Yayâti et Vodhya du livre 12 (12.171) du Mahâbhârata. L'exemple de la courtisane Pingala est mentionné dans les sāṃkhya kārikā[1] de Īśvara Kṛṣṇa (vers 400) .

***
Illustration : Rama, avatar de Vishnu

[1] voir aussi: HADANO A historical study in the problems concerning the diffusion of tantric buddhism in India, p287
[2] The Life of the Siddha-Philosopher Maitrīgupta, Mark Tatz Source: Journal of the American Oriental Society, Vol. 107, No. 4 (Oct. - Dec., 1987), pp. 695-711
[3] Le nom que les yoguis bouddhistes donnent au canal médian est avadhūti.
[4] Introduction à la traduction de l'Avadhūt Gītā par Hari Prasad Shastri. Traduction française de H.J. Maxwell et M.L. de Robilant, éditions Arché Milano, 1980, p. 16

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