lundi 17 janvier 2011

Au pays de l'esprit



Ci-dessous la réponse écrite de Kalu Rinpoché, datant de 1974 à Stockholm, suite à une question. Une première traduction avait été faite par lama Denis Teundroup. Voici une nouvelle version. Le texte n'a pas de titre mais traite de la nature de bouddha (S. sugatagarbha) en tant que fondement de tout (T. kun S. sarva ; voir les notes).

Le coeur du Bienheureux (S. sugatagarbha), qui est le fondement de tout[1] (S. ālaya), est au départ une intuition universelle qui se manifeste d'elle-même et qui est l'éclat et la saveur (S. rasa) des cinq éléments (S. mahābhūta). Il est vacuité, Lumière et production incessante[0].

Quand il n'est pas reconnu comme tel, il est [comme] enveloppé (T. 'thum) dans l'obscurcissement (T. smag) de cette non-reconnaissance (S. a-vidyā). Il existe (T. gnas) alors diffusément (T. gdal du) comme la conscience fondamentale (S. ālaya-vijñāna), le fondement de toutes les possibilités de l'Errance (S. saṃsāra) et la source de toute erreur. On peut le comparer à un pays ou à un roi souverain.

Suite à cela, l'aspect de vacuité est mépris pour le Soi, la Lumière pour l'Autre et de l'énergie incessante se produisent l'attraction, le rejet ou l'indifférence. Voilà le mental qui déforme [la perception] suivi de son cortège.

Précisons, au départ il y vacuité, lumière, mouvement, solidification (T. sra mthas = mkhregs po) et flot continu[2]. Ce quintuple éclat inhérent [au coeur du Bienheureux] est une lumière bleue, rouge, vert, jaune et blanche, cinq lumières très subtiles. De celles-ci apparaissent [respectivement] les cinq éléments (S. mahābhūta) : l'espace, le feu, le vent, la terre ainsi que l'eau. C'est sur ceux-ci que s'appuie l'ensemble des perceptions (S. vijñāna-skandha) qui donnent lieu à des apparences illusoires.

En premier, le corps mental, puis rattachés à celui-ci les quatre ensembles (S. skandha) de sensations (S. vedanā), de perceptions (S. saṃjñā) et de volitions (S. saṃskāra qui apparaissent de manière différenciée. Par la semence du père et le sang de la mère etc., ces éléments se mélangent avec les éléments extérieurs et produisent les orifices, la chaleur, la chair et le sang. Le [corps] physique (T. gdos) résultant est une combinaison des cinq éléments [constituant] l'ensemble des formes (S. rūpa-skandha), une production authentique (S. viśuddhisiddha)[3] sur laquelle s'appuient les six organes sensoriels : les yeux, les oreilles, le nez, la langue et le corps [comme organe tactile].

Et c'est sur [les organes sensoriels] que s'appuie le mental affligé et inefficace, produit de la part de conscience dualiste (S. vijñāna), ainsi que le mental efficace, produit de la part d'intuition (S. jñāna), qui se consacre à la confiance sereine, la compassion et la perspicacité. Ils sont comme les fils du roi.[4]

Les six perceptions sensorielles sont comme leurs messagers. S'appuyant sur cela se produisent les six objets (sensoriels) : formes, sons, parfums, saveurs, et sensations tactiles[5]. Ensuite, le fils du roi, qu'est le mental affligé, tient conseil avec les six organes sensoriels, les six objets sensoriels et les six perceptions sensorielles, établit des liens et en tire de nombreuses conclusions. C'est alors suite à des centaines d'idées erronées, qu'il donne des ordres à ses serfs (T. bran), que sont le corps, la parole et le mental, pour exécuter une multitude d'actes divers, créant ainsi des dispositions inconscientes (S. vāsāna) qui sont autant de graines semées dans le champ de la conscience fondamentale.

Par exemple, pour avoir une récolte il faut réunir de nombreux facteurs, comme l'engrais, la chaleur, l'humidité etc. Les fruits produits sont conforme aux graines. A cause des divers facteurs réunis qui sont les effets des actes harmonieux du passé, on aura accès aux destinées heureuses et à la libération. Tandis que les actes inharmonieux (S. a-kuśala-karma) conduiront aux destinées malheureuses.
***
Nouvelle traduction française.
Source : 4 feuillets photocopiés, avec le texte en tibétain (probablement retranscrit de l'orignal en écriture cursive) ainsi qu'une traduction française de Lama Denis Teundroup. Le colophon de cette traduction dit : "Ce texte écrit par Kalu Rinpoché, en réponse à une question posée, à Stockholm, en 1974."
[0] Selon les interprétations aussi "non-obstrué", et alors correspondant au troisième élément de la triade (Dzogchen) essence (ngo bo), nature (rang bzhin) et engagement altruiste (thugs rje), ou la qualité de non-obstruction est comparée aux rayons de lumière pénétrant partout. Ici, "dgag med" semble plutôt correspondre à l'énergie (rtsal) incessante, et les images d'un flot continu et d'eau sont invoquées.
[1] T. kun S. sarva Quand le Bouddha enseigne que tout est souffrance (P. sabbe sankhara dukkha), il s'agit du "tout" perceptible et perçu à travers les cinq sens et le mental, "créé" à l'aide de ces six sens, et qui n'est pas un absolu. Ce "tout" est un fardeau (Bhara Sutta, SN 22.22 ) que l'on doit déposer pour trouver l'absence de peine. Et ce fardeau est constitué des cinq groupes d'appropriation (S. skandha).
[2] Les cinq qualités ou vertus des cinq éléments qui, dans l'ordre de la procession, se manifestent avant les éléments correspondants.
[3] A part la non-reconnaissance (S. avidyā), qui est à l'origine de la procession, les résultats de la procession sont "authentiques" (S. viśuddha), tant qu'ils ne sont pas déformés par le mental affligé. Ils resteront "authentiques" quand c'est le mental efficace (T. dge ba'i yid) qui les prend pour objet.
[4] Le roi Conscience fondamentale semble donc avoir deux fils (mental), un "bon" et un "méchant", ce qui reflété la théorie de la double fonction du mental chez Karmapa III Rang byung rdo rje.
[5] Le sixième type d'objet, sont les objets du mental, les dharmā, les attributs que saisit le mental.

Texte tibétain Wylie

kun gzhi bde gshegs snying po 'di thog ma nas stong gsal 'gag med 'byung ba lnga yi dvangs bcud rang byung ye shes chen po yin n'ang*/ rang ngo ma ses pas ma rig pa'i smag tu 'thum ste/ 'khor ba'i spyi gzhi kun gzhi'i rnam shes khyab gdal du gnas pa 'khrul pa kun gyi 'byung gnas sa gzhi 'am gtso bo rgyal po lta bu de byung*/ de nas stong pa la bdag dang gsal ba la gzhan ma 'gag pa las chags sdang rmongs gsum sogs nyon rmongs pa'i yid 'khor dang bcas pa byung*/ de yang thog ma stong pa dang*/ gsal ba gyo ba/ sra zhing mthas pa/ rgyun chad med pa lnga'i rang mdangs la 'od sngo dmar ljang ser dkar po ste/ shin tu phra ba'i 'od lnga'i snang ba byung*/ zhing de las nam mkha'i me rlung sa chu bcas 'byung ba lnga'i snang ba byung*/ de ltar 'khrul snang shar mkhan gyi rnam par shes pa'i phung po de la rten nas/ dang po yid kyi lus dang*/ de 'brel tshor ba 'du shes 'du byed phung po bzhi dang phyed byung*/ de pha ma'i khu khrag sogs phyi yis 'byung ba 'dres pas bu ga drod dbugs sha khrag ste 'byung ba lnga 'dus pa'i gdos bcas rnam par smin pa'i gzugs kyi phung po dag pa grub de la rten mig rnab sna lce lus sems te dbang po drug byung*/

de la rten pa rgyal po'i sras lta bu'i rnam shes kyi cha las byung ba'i mi dge ba nyon rmongs pa'i yid dang*/ ye shes kyi cha las dad pa dang snying rje shes rab sogs dge ba'i yid yod pa zhig byung*/

de'i pho nya ba lta bu'irnam shes tshogs drug byung*/ de la gzugs sgra dri ro reg bya chos ste yul drug byung*/ de nas rgyal sras lta bu'i nyon yid kyi gros mgo 'dzin dbang drug yul drug rnam shes drug de rgyu rkyen rten 'brel mang po zhig 'tshogs ste 'khrul rtog brgya phrag mang pos lus ngag yid gsum bran du bkol te las sna tshogs pa byas pas bag chags sa bon lta bu de kun gzhi'i rnam shes sa gzhi lta bu de la gtab pas/ dper na lo tog la khyi lud drod gsher sogs rten 'brel mang po 'dzoms pa dang*/ sa bon las rgyu dang 'dras bu byung ba bzhin/ sngon las kyi sa bon la rgyu rkyen rten 'drel sna tshogs 'dzoms pas dge ba'i rgyu las mtho ris dang thar pa/ mi dge ba'i las 'khor ba dang ngan song rnams byung ba yin no/









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