samedi 2 octobre 2010

Phamodrupa à Sakya



Avant d'aller rejoindre Gampopa, Phag mo gru pa (1110-1170) avait passé de nombreuses années au siège de Sakya auprès du 3ème détenteur Sa chen kun dga' snying po (1092-1158) qui l'appréciait énormément et qui considérait presque comme une trahison d'être abandonné au profit de Gampopa. A l'époque (1138- app. 1150) où Pamodrupa fréquentait Sachen Kunga Nyingpo, le siège de Sakya était en plein travail de systématisation, traduction, classement et rédaction de ce qui allait devenir le cursus de l'école Sakyapa. Gung ru ba[1] a publié une liste de commentaires rédigés sous la direction de Sachen Kunga Nyingpo et rapporte que de nombreuses explications sur les Versets-vajra Virūpa (T. rdo rje rkang tshig) avaient été écrit par des collaborateurs parmi lesquels figure Pamodrupa. Il aurait également travaillé sur les Instructions sur le chemin et le fruit (T. lam 'bras), enseignement emblématique de la lignée Sakyapa.

'Brog mi lo tsā ba (992-1072), qui est à l'origine de la lignée Sakyapa, avait étudié à Vikramaśīla à la grande époque des "six guardiens de portes" et a étudié directement auprès de Nāropa. Il traduit les tantras de Hevajra, Cakrasaṁvara, Guhyasamaja et Vajrakumāra (Vajrakīla) et l'emblématique "Chemin et le fruit". Ce dernier fait partie de "Neuf cycles de pratique" produits au siège de Sakya. Les huit autres cycles d'instructions consistent en l'Acintyādvayakramopadeśa qui est authentiquement indien et sept autres qui ont été composés au Tibet tout en les attribuant à des maîtres Indiens[2]. Voici la liste des huit cycles donnée par Ron Davidson :

1. Acintyādvayakramopadeśa de Mahāmudrāsiddha-Śrī-Kuddālapāda (Phase d'achèvement, Mahāmudrā avec une partenaire sexuelle)
2. Sahajasiddhi de ḍombiheruka, des instructions de méditation basées sur le Sahajasiddhi, selon Davidson clairement de composition tibétaine
3. Instructions reçues en face du stūpa de Dhānyakaṭaka (T. mchod rten drung thob) attribué à Nāgārjuna, qui les aurait reçues de Saraha. Œuvre compsée par Jetsun Drakpa Gyaltsen (1147–1216), le maître de Sakya Paṇḍita, sur les instructions de Sachen Kunga Nyingpo, basées sur des instructions orales reçues par Drokmi de Vīravajra.
4. La Mahāmudrā sans lettres (T. phyag rgya chen po yi ge med pa), attribuée à Vāgīśvarakīrti, rattachée à la pratique de Nairātmyayoginī
5. Phase de génération assortie de neuf méthodes profondes (T. bskyed rim zab pa'i tshul dgus brgyan pa), attribué à Padmavajra ou Saroruhavajra (quelquefois identifié[3] avec l'exemplaire compagnon de voyage Sākara). Basée sur le Hevajratantra.
6. Phase d'achèvement total par la pratique de la Caṇḍalī (T. gtum mos lam yongs su rdzogs pa), attribuée à Mahācārya Cīrṇavrata Kāṇha.
7. Instructions pour redresser ce qui est courbé (yon po bsrang ba'i gdams ngag), attribuées à Acyuta-Kāṇha et probablement écrites au siège de Sakya par Sachen Kunga Nyingpo ou Drakpa Gyeltsen. Influence shivaïste incontestable.
8. Cycle du chemin avec une mudrā (phyag rgya'i lam skor), attribué à Indrabhūti. Instructions détaillées sur la pratique avec une mudrā, reçues par Drokmi par l'intermédiaire du Cachemirien Prajñāgupta, alias l'Instructeur rouge (ācārya dmar po)[4].

Selon Davidson, ces textes "profondement tibétains" et qui s'inscrivent très clairement dans la classe des vidyādhara ont été composés au Tibet par des tibétains, principalement sous la direction de Sachen Nyingpo et de son fils Drakpa Gyeltsen, qui "se donnaient beaucoup beaucoup de mal à les faire passer pour des œuvres indiens authentiques"[5].

C'est après avoir été pendant une douzaine d'années le collaborateur apprécié de Sachen Kunga Nyingpo et avec des bagages hautement ésotériques que Pamodrupa arrive à Dvags lha sgam po, pendant les dernières années de la vie de Gampopa, probablement quand celui-ci s'est retire des affaires et que son neveu tshul khrim snying po, alias Gomtshul (1116-1169), est en charge. Sa venue est considérée comme un véritable atout, dont il a bien conscience lui-même, et dès son arrivée on lui accorde une place importante[6].

***

[1] Luminous lives, the story of the early masters of the Lamʾbras tradition in Tibet, Cyrus Stearns p. 26-27. Gung ru ba Shes rab bzang po (1411-1475) [2] Tibetan renaissance: Tantric Buddhism in the rebirth of Tibetan culture par Ronald M. Davidson p. 195
[3] Keith Dowman
[4] Voir Jean Naudou, Les bouddhistes cachemiriens au moyen-âge
[5] Davidson, p. 203
[6] Annales bleus p. 558

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