mardi 19 octobre 2010

Mudra et Mahamudra selon le Hevajra



Si on souhaite réaliser, conformément aux règles, la Mahāmudrā à l'aide d'une mudrā, autrement dit par la pratique de la "karmamudrā", il faut avoir reçu les trois types de voeux (libération individuelle, de bodhisattva et de vidyādhara). Il faut être un "porteur de vajra" tel que défini ci-dessous :
Quand il n'y a ni contemplant, ni contemplation, ni objet contemplé, c'est là ce qu'on appelle réalisation de la suprême Réalité. Personne, là, n'agit ni ne jouit de l'action, car la contemplation de la Réalité suprême est au-delà de toute action ou jouissance. Il n'y a ni donneur ni preneur, car rien n'est à donner ou à prendre. Qu'ils regardent ou qu'ils écoutent, qu'ils parlent ou qu'ils rient, quelque saveur qu'ils goûtent ou quelque action qu'ils accomplissent, où qu'ils laissent aller leur esprit, les yogin qui contemplent sans cesse cette Réalité jamais n'en sont séparés. Voilà ce qu'on appelle la non-dualité, la suprême conscience d'éveil, le vajra, le vajrasattva, le totalement illuminé et l'illumination.[1]
Pendant la consécration de Hevajra, le "porteur de vajra" (S. vajradhara) , comme décrit ci-dessus reçoit alors une mudrā :
"Prends cette mudrā, ô porteur de vajra, et agis dans l'intérêt de toutes les créatures ! » Il prend donc cette jeune file, qui est nubile, et il la consacre avec le bodhicitta. Il lui enseigne la Doctrine en commençant par les dix règles de bonne conduite ; il lui apprend comment l'esprit doit rester fixé sur la forme de la divinité et concentré sur un seul objet. De cette manière, en un mois, elle sera sans aucun doute apte au culte. La jeune fille, ainsi libérée de toute idée fausse, est reçue comme un don. Mais l'adepte peut aussi susciter lui-même une mudrā en la faisant apparaître grâce à ses pouvoirs surnaturels, en la choisissant parmi les dieux, les démons, les hommes, les yakṣa ou les kinnara. Quoi qu'il en soit, il doit la prendre avec lui et accomplir le rite en étant convaincu qu'il gardera tout son sang-froid. En effet, cette pratique d'aspect redoutable n'est pas enseignée pour qu'on y trouve son plaisir, mais pour soumettre l'esprit à l'examen, éprouver si la pensée est stable ou vacillante."
On peut recevoir une mudrā comme un don de celui qui confère l'initiation ou comme un cadeau échangé entre maîtres vajra[2], ce qui en dit long sur la position de la femme... On peut aussi comme Milarepa, selon les hagiographies de Ngen dzong et Tsangnyeun, en choisir une parmi les non-humains, la démone Tseringma dans son cas.

Ensuite on peut se poser la question, avec Vajragarbha, comment cette jeune fille "libre de toute idée fausse" leur permit de parvenir à la perfection (S. siddhi) authentique de la Mahāmudrā ?
Vajragarbha dit : Mais comment celui qui est uni à Nairātmya[3] peut-il distinguer entre les deux aspects de la mudrā ? Comment peut-il parvenir à la perfection de la Grande Mudrā avec cette mudrā-ci ou cette autre ?

Le Seigneur répondit :
La mudrā, quelle qu'elle soit, abandonne sa nature de femme et acquiert celle du Seigneur ; ses seins disparaissent ; seul reste le vajra dans le lotus ; ces deux disparaissent à leur tour, il ne reste plus que le vajra. Ce qui demeure encore de la forme du puissant et bienheureux Seigneur Heruka assume aisément la nature de l'homme qui est en union avec lui et ce yogin, dont la puissance est ainsi manifestée, acquiert la perfection de la Grande Mudrā (Mahāmudrā). Cette union de la sapience et du moyen, c'est-à-dire de la mudrā et du yogin également identifiés à Heruka, ne peut pas être affectée par l'émanation et la résorption cosmiques car le moyen est l'émanation, et la sapience la résorption et la fin de l'existence. Pour ce yogin, donc, il n'y a plus ni résorption ni émanation. Ce qui a été résorbé ayant disparu, il n'y a plus rien à résorber. Le yogin se représente et perçoit l'écoulement des choses comme résultant du processus d'émanation cosmique et, réalisant que celui-ci est semblable à un rêve, il l'arrête par la prise de conscience même de cet écoulement. Telle māyā, tel un rêve, tel « l'état intermédiaire », ainsi apparaît le maṇḍala si on s'applique sans arrêt à cette pratique. Ce maṇḍala est la source de la Grande Félicité (mahāsukha), telle qu'on la connaît dans la consécration de la Grande Mudrā (Mahāmudrā)... Cette félicité est sapience et moyen et elle est née aussi de leur union. Elle est existence et non-existence. Elle est le vajrasattva.[4]

***

[1]
Anaṅgavajra dans le Prajñopāyaviniścayasiddhi, Section 4 sur la contemplation de la Réalité, traduction Liliane Silburn dans Aux sources du bouddhisme, p. 298 [2] Annales bleus, p. 407 rngog chos rdor offrait une mudrā ou "assistente tantrique" (Roerich) à Ram tsan can. [3] Parèdre de Hevajra
[4] Hevajratantra, IIème partie, chapitre II : Comment parvenir à la perfection, traduction Liliane Silburn dans Aux sources du bouddhisme, p. 305-306


Tibétain Wylie de l'extrait d'Anaṅgavajra
gang na'ang sgom pa po med cing*//rnam par sgomp pa'ang ci yang med// bsgom bya nyid kyang yod min la// de ni de nyid bsgom par bshad//
bya ba'ang cung zad yod mind la// dpyad par bya ba nyid kyang med// byed po dpyod pa las grol ba// don dam rnam par bsgom pa yin//
gtong bar byed pa'ang yod min zhing*//'gog par byed pa'ang ci yang med// des na nor bar bya med cing*// 'di la blang bya gang yang med//
gzaugs rnams kun du blta ba dang*// de bzhin sgra rnams nyan pa dang*// dgod dang rtsed mo byed pa dang*// ro rnams sna tshogs myong ba dang*//
las rnams thams cad byed pa ni// sems ni mi gyo gnas byas nas// de nyid rig pa'i rnal 'byor pa'i// rnal 'byor rgyun du skye bar 'gyur//
de nyid gnyis med bstan pa ste// byang chub sems mchog 'di yin na// dpal ldan rdo rje sems dpa' dang*// rdzogs sangs rgyas kyi byang chub nyid//

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