dimanche 26 septembre 2010

Sri Parvata





Pourquoi Saraha, Maitrīgupta et Sagara partirent-ils pour Śrī Parvata (T. dpal gyi ri) ? Śri Parvata, ou encore Śrī Sailam ou Śrī Giri se situe dans la province de l'Andhra Pradesh, plus précisément dans les collines Nallamalai.
C'est une région habitée jusqu'à récemment par un tribu appelé les Chenchu.
Les Chenchu, l’une des rares communautés de cueilleurs qui survivent dans l’Inde du Sud, furent confrontés à un problème similaire. Habitant les forêts des collines Nallamalai sur les deux rives du fleuve Krishna dans l’Andhra Pradesh, ils menaient une existence semi-nomade de chasseurs et de cueilleurs de produits de la forêt tels que le miel, la gomme, les fruits du savonnier et les plantes médicinales. Dans les années 1940, près de 40 000 hectares des collines Nallamalai furent réservés pour les Chenchu afin de leur permettre de maintenir leur mode de vie relativement inchangé. Cependant, en 1979, dans le cadre du programme «Sauver les tigres», la région entière fut déclarée sanctuaire naturel, et l’on interdit aux Chenchu l’accès de la zone centrale, ce qui leur causa de graves préjudices.[1]
Cela correspond très exactement à l'emplacement et au mode de vie des tribus, appelés Śavari, qui habitaient la région à l'époque de Maitrīgupta. Śavari-pa, le maître de Maitrīgupta était un śavari, un aborigène chasseur.

C'est aussi la région de Nāgārjunikoṇḍa, un site bouddhiste très important avec des vestiges anciens de 30 viharas et où certains pensent qu'aurait vécu le grand Nāgārjuna. On y trouve un stūpa (Mahācaitya) qui contiendrait les reliques du bouddha historique. Certains textes plus tardifs affirment que c'est ici que se trouve le stūpa de Dhanyakataka, où le Bouddha enseigna les tantras, notamment le Kalacakra. C'est probablement le lieu du siddha Nāgārjuna (rattaché au Guhyasamaja Tantra) et de son disciple Nāgābodhi, un siddha immortel qui tout comme Śavaripa est dit y avoir pris résidence éternellement.

Pourquoi est-ce justement dans ces collines, que Saraha et Maitrīgupta cherchent la (vajra)yoginī pour devenir des vidyādhara ? Il se trouve que la région compte deux haut-lieux consacrés au culte de la śakti, deux sièges de śakti (S. śakti pītha T. gnas chen). A Śrī Sailam on vénère Śiva sous la forme d'un liṅga de lumière (S. jyotirliṅga), Mallikārjuna. Ce haut-lieu de culte peut être approché des quatre directions.

A l'ouest se situe la ville d'Alampur qui contient le siège (S. kṣetra[2] T. zhing) de la déesse Jogulamba, une des 18 mahāśakti[3], qui y est vénérée ensemble avec Śri Brahmēśvara (Bala Brahma). Puisque les rivières Tungabhadra et Krishna s'y rencontrent, le lieu est comparé à un deuxième Vārāṇasī (kāśi, "la Splendide"), et est appelé Dakṣiṇā kāśi ("la Splendide du Sud"). Il porte encore le nom de "Gué des neuf seigneurs célestes" (Navabrahmēśvara tīrtha) parce qu'on y trouve neuf temples, construits au VIIème siècle pendant la période Chalukya et consacrés à neuf divinités symbolisant neuf plantes médicinales traditionnelles. C'est un lieu très fréquenté par les siddha et notamment les siddha alchimistes (rasa siddha) à la recherche de l'immortalité et l'état de vidyādhara.


Le nom de la déesse Jogulamba en telugu semblerait signifier "Mère des Yoginī" (Joginula amma). Elle est représentée en tenant dans ses mains une calotte crânienne, une hache, une épée et un récipient de vin. Elle est assise sur un corps et porte une guirlande de crânes en guise de cordon brahmanique. Elle a des yeux globuleux et sa langue sort de la bouche. Son temple était détruit en 1390 par les envahisseurs musulmans et la statue de la déesse principale et ses deux śakti Chandi et Mundi étaient défigurées. Elles étaient réparées et gardées dans le temple Bala Brahma.

Voilà la région où Saraha avait trouvé Vajrayoginī, où étaient censé résider Nāgābodhi et Śavaripa et où Maitrīgupta comptait trouver Vajrayoginī afin de devenir un vidhyādhara et où il rencontra finalement Śavaripa qui lui conseilla de chercher plutôt le sens intime (S. hṛdayārtha). C'est encore là que Marpa[4] (et d'autres) rencontrèrent Saraha en rêve.

Mise à jour :

Après la mort de Maitrīpa, un de ses disciples principaux, Ramāpāla, qui avait étudié 12 ans avec lui, passa trois en deuil auprès du stūpa de Dhanyakataka (T. dpal yon) en silence et en pratiquant les sādhana, dont il réalisa le sens unique. Ce fait, relaté par Tāranātha, pourrait faire penser que ce lieu pourrait contenir des reliques de Maitrīpa. Ramāpāla vivrait et enseignerait le reste de sa vie dans le Sud.[5]

***
Photo 1 : chutes d'eau de Talakona, Tirupati. Photo 2 vidyādhara en vol, bas-relief temple Padma Brahma à Alampur. Photo 3 : Jogulamba Devi

[1] Nature sauvage, nature sauvée ? Marcus Colchester www.wrm.org.uy/subjects/PA/textfr.pdf
[2] n. propriété, domaine; champ, plaine, campagne | endroit, emplacement, lieu; figure géométrique; lieu de pélerinage | épouse; corps.
[3] Elle est la cinquième. Il est dit qu'Alampur est l'endroit où ont atterri les dents de Sati Devi.
[4] Annales Bleues p. 402
[5] The Seven Instruction Lineages, Jonang Tāranātha, traduit par David Templeman,
p. 13 [

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