samedi 11 septembre 2010

Cours : Le repos mental et le discernement


Jamgön Kongtrül Lodreu Thayé (‘jam mgon kong sprul blo gros mtha' yas) (1813-1899) avait composé cinq collections (T. mdzod) de textes relatifs à la théorie et la pratique du bouddhisme tibétain. La première, appelée "Collection du savoir" (T. shes bya kun khyab ou shes bya mdzod) expose en détail la théorie des trois entraînements supérieurs (T. lhag pa'i slab pa gsum) selon la perspective du bouddhisme tibétain. Certains chapitres en tibétain peuvent être téléchargés du site Dharma Download. Il existe une traduction anglaise "Treasury of Knowledge" publiée par Snow Lion Productions. L’Association Rimay Encyclopædia de L'institut Karma Ling a le projet de traduire ce texte et de le publier d'ici 5 ou 6 ans sous le titre "Encyclopédie du Bouddhisme".

Le volume huit explique l'entrainement supérieur en vue de l'absorption (S. samādhi). La première partie du volume expose la culture graduelle (T. sgom rim) du repos mental (S. śamatha T. zhi gnas) et du discernement (S. vipaśyanā T. lhag mthong) qui constituent la base de l'absorption. Le texte tibétain que nous utilisons dans le cours peut être téléchargé ici et les pages manquantes dans ce premier fichier ici. Une traduction française de cette partie avait été publiée en 1986 par les éditions Dzambala (ISBN 2-906940-01-1) sous le titre "Paix et Connaissance de l'Esprit". Elle avait été faite par Sylvie Grand Clément et Anne Binétruy sous la direction de Khenpo Tsultrim Gyamtso Rinpoché.




Le déroulement de la partie principale (T. dngos gzhi) de la culture du repos mental (S. śamatha) est expliqué selon deux traditions différentes. La première, que Jamgon Kongtrul nomme "la tradition qui suit les traités" (T. gzhung gi lugs) est la méthode classique de la culture du repos mental qui est commune à toutes les écoles bouddhiques indiens. C'est la méthode des neuf stades du repos mental, représentés iconographiquement par le chemin tortueux que parcourt un moine avec son éléphant. On y retrouve les cinq obstacles (T. nyes pa lnga), les huit antidotes (T. gnyen po brgyad), les six forces (T. stobs drug) et les quatre attentions (T. yid byed bzhi). Des tableaux synoptiques peuvent être téléchargés ici et ici.

La deuxième méthode est celle de "la tradition qui suit les Instructions" (T. gdams ngag pa'i lugs), ce qui nous ramène vers Advayavajra qui est à l'origine de cette tradition plutôt mystique...
Dans la tradition orale, les cinq expériences qui sont l'agitation, le recueillement, l'accoutumance, la stabilité et la stabilité parfaite, sont illustrées par des exemples.

Selon la Tradition qui suit les Instructions, le développement de śamatha se résume en cinq expériences, et il est important de connaître l'image qui illustre chacune d'elles :
1. Le flux du mental (T. sems gyo ba) est comparé à une cascade de montagne ;
2. Le recueillement (T. thob pa) est comparé à une rivière qui coule entre des gorges ;
3. L'accoutumance (T. goms pa) est comparée à un fleuve qui coule avec nonchalance ;
4. La stabilité (T. brtan pa) est comparée à un océan sans vagues ;
5. La perfection de la stabilité (T. brtan pa mthar phyin) est comparée à une lampe à huile dont la flamme immobile, claire et brillante n'est jamais troublée par le vent. [1]
A propos du terme recueillement (T.thob pa). Plus haut dans le texte, Jamgon Kongtrul avait cité Les conditions requises pour le samādhi (T. ting nge 'dzin gyi tshogs pa S. Samādhisaṃbharaparivarta) un texte composé par ācārya Bodhibhadra (T. byang chub bzang po). Il existe un texte du même nom (nettement plus yogatantrique) composé par Atiśa (toh: 2460), qui était le disciple de Bodhibhadra, mais Jamgon Kongtrul cite ācārya Bodhibhadra nommément et le passage cité ne se trouve pas dans le texte d'Atiśa. Sur le site d'ACIP (Asian Classics) se trouve un texte qui porte le titre ting nge 'dzin gyi tshog kyi le'u et qu'ACIP attribue à ācārya Bodhibhadra. Le colophon l'attribue en fait au maître indien Kṛṣṇapāda (T. nag po zhabs). Mais il y a bien un deuxième texte du même titre écrit par cet auteur (Toh 3924). Le passage cité par Jamgon Kongtrul ne s'y trouve pas non plus.

Selon Jamgon Kongtrul, ācārya Bodhibhadra y expliquerait la différence entre "observation" (T. dmigs pa) et "recueillement" (T. thob pa). "śamatha est une observation (T. dmigs pa) si l'attention est tournée vers l'extérieur et un recueillement (T. thob pa) si l'attention est tournée vers l'intérieur. La première approche est plutôt active et fixe un objet, la deuxième est plutôt passive et tournée vers l'intérieur, vers le sujet. Dans la tradition qui suit les Instructions, on met l'accent sur le recueillement. A creuser davantage...

MàJ 20082014 Version anglaise de "Paix et Connaissance de l'Esprit", traduite par Kiki Ekselius et Chryssoula Zerbini

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[1] Traduction française citée, pp. 31-32

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