mardi 4 mai 2010

Centre : Madhyamaka et Mahāmudrā


"Sans rien qui cesse ou se produise, sans rien qui soit anéanti ou qui soit éternel, sans unité ni diversité, sans arrivée ni départ, telle est la coproduction conditionnée, des mots et des choses apaisement béni. Celui qui nous l'a enseignée, l'Éveillé parfait, le meilleur des instructeurs, je le salue."[1]


Ce sont les stances dédicatoires des Stances du milieu par excellence (S. mūlamadhyamakakārikā T. dbu ma rtsa ba'i shes rab) de Nāgārjuna, qui ne sont rien de moins que le coeur de ce texte et l'essence du Madhyamaka, la voie du Milieu. Le thème central de cette école, comme dans le bouddhisme dans son ensemble, est la coproduction conditionnée (S. pratītya-samutpāda), mais en tant que non-production (S. anutpāda T. skye med), car rien n'est réellement produit du point de vue ultime (S. paramārthatas). La non-production n'est autre que la coproduction conditionnée vue du point de vue ultime.
Rien, ni les phénomènes (S. dharmā), ni la conscience (S. citta), n'est donc réellement produit. La nature de la conscience est libre des opinions métaphysiques (S. prapañca S. spros pa), qui dans le système de Nāgārjuna sont au nombre de huit, quatre paires de contraires, énumérées dans les stances dédicatoires.

FrançaisSanscriteTibétain
Sans cessationanirodham'gag pa med pa
Sans productionanutpādamskye med pa
Sans anéantissementanucchedamchad pa med pa
Sans duréeaśāśvatamrtag med pa
Sans diversitéanekārthamtha dad don min
Sans unitéanānārthamdon gcig min
Sans arrivéeanāgamam'ong pa med pa
Sans départanirgamam'gro med pa

Voici les huit opinions futiles, littéralément élaborations ou proliférations (S. prapañca T. spros pa), aussi appelés extrêmes (T. mtha') dont il faut se débarasser pour atteindre la réalité telle quelle, autrement dite la coproduction conditionnée.
Cet objectif est bien résumé par Candrakīrti :

"La vacuité est enseignée en vue d'éliminer toute élaboration (S. prapañca). Aussi l'objectif de la vacuité est la cessation de toute élaboration (prapañca). [En réponse à ceux qui reprochent la vacuité dêtre une vue nihiliste : ] Vous qui interpretez la vacuité comme néant (S. nāstitva) et qui en ce faisant continuez la toile des élaborations, ne connaissez pas l'objectif de la vacuité. Comment pourrait-il y avoir du néant dans la vacuité, qui est essentiellement la cessation de toute élaboration ? Ce que signifie la production conditionnée (S. pratītya-samutpāda) la vacuité signifie aussi. Mais ce que signifie le non-être (S. abhāva), la vacuité ne signifie pas."[2]
La vue du Madhyamaka est dit être le résultat d'une analyse intellectuelle par les adeptes de la Mahāmudrā ou du Dzogchen (T. rdzogs chen). Ceux-ci appellent les Madhyamika "suiveurs de caractères" (T. mtshan nyid pa), car ils doivent suivre des attributs ou des caractères (S. laksana T. mtshan nyid) pour arriver à leurs fins, contrairement aux méthodes de la Mahāmudrā et du Dzogchen, où l'accès à la réalité est dit être direct (S. pratyakṣa T. mngon sum). Mais les trois approches sont basées sur la même philosophie comme le souligne le troisième Karmapa dans ses Objectifs du bien définitif de la Mahāmudrā (PDF bilingue) (T. phyag chen smon lam). La non-production (S. anutpāda) est la coproduction conditionnée vue du point de vue absolu. Ce terme indique que la coproduction conditionnée est considérée de manière négative selon le point de vue du Madhyamaka et de Nāgārjuna. Le terme "élément qualitatif" (S. dharmadhātu) est la coproduction conditionnée, considérée de manière plutôt positive, comme la "source" ou "l'élément réel" des dharmā. On le trouve plus souvent dans des instructions sur le Tathāgatagarbha et la Mahāmudrā.
[1] Traduction de Guy Bugault, Stances du milieu par excellence p.35
[2] INTRODUCTION TO THE MIDDLE WAY: Chantrakirti's Madhyakavatara, 24.7, p. 491/ Chatterjee p. 336

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